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10 février 2026. Sainte Scholastique

De la vie de sainte Scholastique, que nous fêtons aujourd’hui, nous ne connaissons que bien peu de choses : rien du tout en-dehors du petit passage que lui consacre saint Grégoire le Grand dans sa vie de saint Benoît.

Certains ont tiré parti de ce silence pour exercer leur imagination et écrire une vie de sainte Scholastique assez détaillée, mais largement fantaisiste. Selon eux, Scholastique est la sœur jumelle de Benoît ; leur mère Claudia est morte en couches, leur père Eutropius appartient à la famille sénatoriale des Anicii ; à l’âge de douze ans, Scholastique accompagne son frère Benoît qui commence ses études à Rome, puis suit son frère en passant d’un monastère à un autre, près de Nursie d’abord, puis à Subiaco, puis au Mont Cassin où elle fonde le monastère de Piumarole ; ce monastère, qui vit selon la Règle de saint Benoît, donne ainsi naissance au rameau féminin de l’ordre bénédictin.

C’est un roman pieux, qui n’a même pas le mérite de la vraisemblance. Et surtout le portrait qu’il nous trace de Scholastique n’est pas très flatteur : elle vivrait entièrement dans l’ombre de son frère, à la remorque de son frère. Or ce n’est pas cela du tout qui ressort du récit de saint Grégoire le Grand.

 

Scholastique est certainement très proche de Benoît puisque, « consacrée au Seigneur tout-puissant depuis l’âge le plus tendre, elle avait l’habitude de venir rencontrer son frère une fois par an », non pas pour recevoir son enseignement, mais « pour passer toute la journée dans les louanges de Dieu et les saints entretiens », nous rapporte saint Grégoire, et « se rassasier l’un l’autre des propos qu’ils échangeaient ». Spirituellement, Scholastique est donc de niveau avec son frère. Elle le dépasse même, puisqu’il lui arrive un jour d’obtenir du ciel un miracle : alors que Benoît invoque le règlement du monastère pour mettre un terme à leur rencontre, un violent orage survient à la prière de sa sœur et l’oblige à rester encore toute une nuit à prolonger leurs « saints entretiens ».

 

Ce miracle montre combien la prière de Scholastique est puissante sur le cœur de Dieu, combien elle est proche de Dieu, plus proche encore que son frère. Elle est parvenue alors au terme de sa vie ; ce dernier entretien spirituel et ce miracle marquent l’aboutissement d’une longue fidélité. Sa vie a été entièrement consacrée à Dieu, elle a écouté et médité sa parole, elle a chanté sa louange dans l’office divin ; et cette dernière rencontre avec son frère nous suggère qu’elle vit dans la prière continuelle, prière liturgique et prière personnelle.

Dans cette place capitale accordée à la prière, on peut voir ce que Jésus appelle, dans l’Évangile d’aujourd’hui, la « meilleure part », celle que Marie a choisie. Cette « meilleure part » est celle qu’ont choisie les moines et les moniales, mais elle ne leur est pas réservée : les laïcs aussi peuvent y prétendre. L’autre part, celle de Marthe, ne porte pas le titre de « meilleure » mais n’est pas mauvaise pour autant ; elle est le lot de ceux qui se consacrent aux travaux du quotidien et au service de la charité fraternelle. Cette autre part n’est pas réservée aux laïcs : nous savons bien qu’elle fait partie intégrante aussi de la vie monastique. C’est pourquoi il ne faudrait pas établir une opposition entre Marthe et Marie : elles sont sœurs mais non rivales ; ensemble elles représentent les deux faces de nos propres vies.

 

 Chacun de nous est appelé à rencontrer Dieu dans la prière et à grandir dans l’amour de Dieu, mais l’amour de Dieu n’est vrai que s’il se traduit en actes dans l’amour fraternel.

         Et c’est précisément l’amour de Dieu et l’amour fraternel ensemble qui ont poussé Scholastique à désirer prolonger son entretien avec Benoît. On pourrait s’étonner du culot, si j’ose dire, qu’elle a eu de demander ou de désirer un miracle, et de la complaisance de Dieu qui y répond. Mais il ne s’agit pas de culot, il s’agit de la grande liberté de l’amour, d’un amour tellement fort dans le cœur de Scholastique que Dieu ne peut rien lui refuser. Cette grande liberté de l’amour lui fait trouver tout naturel de demander une intervention divine, et de l’obtenir.

 

         Cela nous fait deviner un autre trait de caractère de Scholastique : son humilité. L’humilité est une des grandes vertus bénédictines, et saint Benoît y consacre l’un des principaux chapitres de sa Règles ; après y avoir décrit les douze degrés de l’humilité, il conclut que c’est par l’humilité que nous pourrons parvenir à l’amour parfait : « Le moine, ayant donc monté tous ces degrés d’humilité, parviendra bientôt à cette charité de Dieu, laquelle, étant parfaite, chasse dehors la crainte » (RSB 7, 67). Au début de sa vie religieuse, Scholastique aurait probablement craint d’être présomptueuse en demandant un miracle ; mais, parvenue près du terme de sa vie terrestre, la crainte a disparu et elle trouve même tout naturel de demander et d’obtenir un miracle.

Benoît par contre, s’en indigne : « Que le Dieu tout-puissant te pardonne, ma sœur, qu’as-tu fait là ? » Cette indignation montrerait-elle qu’il n’est pas encore parvenu lui-même à ce suprême degré de l’humilité ?

         La réponse que fait Scholastique à son frère ne manque pas de piquant : « Eh bien, je t’ai imploré et tu as refusé de m’écouter ; j’ai supplié mon Seigneur et il m’a écoutée ». Et saint Grégoire tire pour nous l’enseignement de cet épisode : « Plus obtinuit quia plus amavit, Elle a obtenu davantage parce qu’elle a aimé davantage ».

 
 
 

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