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19 mars 2025. Solennité de Saint Joseph. Matthieu 1, 16.18-21.24a

benedictinesflee

De saint Joseph, l’Evangile nous rapporte bien peu de choses. J’en retiendrai aujourd’hui seulement trois notes, trois petites notes, trois petites notes qui forment un accord entre elles, et qui sont des dispositions que nous aurions tout avantage à cultiver nous aussi.


Première note : Joseph est « un homme juste ». (cf. Introït)

Etre juste aux yeux de Dieu, cela signifie avoir une âme droite, une âme formée à l’écoute de l’Esprit Saint. Être juste, cela ne signifie pas être sans péché, et ce n’est pas non plus le privilège de Joseph. Zacharie et Elisabeth, par exemple, sont eux aussi déclarés justes (Luc 1, 6), et cela n’empêche pas l’ange de punir Zacharie : « Ah oui ! Tu ne veux pas me croire : alors très bien, tu seras muet ! Cela va faire des vacances à ta femme, qui ne t’aura plus sur le dos ! ». Ceux qu’on nomme justes ne sont pas ceux qui sont sans péchés, sinon nous n’aurions aucune chance, ni vous ni moi, de devenir des justes. Être juste c’est avoir un esprit qui cherche constamment à lire, à entendre, à sentir la volonté de Dieu sur lui ; être juste c’est chercher à mettre notre volonté en harmonie avec la volonté de Dieu.

Cela commence par les petites choses : si Joseph a été capable de suivre la volonté de Dieu sur lui pour un événement aussi extraordinaire que la venue ici-bas du Fils de Dieu, c’est qu’il s’était entraîné jour après jour dans les petits détails de la vie quotidienne banale, qui ne sont pas toujours très gratifiants, c’est sûr, mais qui sont le chemin normal de notre apprentissage à l’écoute de la volonté de Dieu. Pour être capables de donner notre cœur au Seigneur en vérité, il faut commencer par apprendre à le donner chaque jour à nos frères et sœurs dans la vie de communauté. C’est seulement lorsque notre esprit se sera assoupli jusqu’à devenir prompt à vibrer à la moindre sollicitation venant de lui, que le Seigneur pourra considérer que nous sommes devenus justes.


Seconde note : Joseph est fiancé à Marie.

Joseph n’est ni un pur esprit, ni un surhomme, ni un homme diminué. Il est pleinement homme, enraciné dans son humanité, enraciné dans sa masculinité. Nous, qui ne sommes ni fiancés ni mariés, nous avons aussi à être pleinement enracinés dans notre condition humaine, pleinement enracinés dans notre masculinité ou notre féminité. Nous sommes appelés, comme Joseph, à conserver notre corps pur, mais un corps pur ne signifie pas un corps désincarné. Dieu nous a créés corps, âme est esprit, c’est saint Paul qui le dit (1Thessaloniciens 5, 23), et la pureté sera le fruit de l’harmonie entre notre âme, notre corps et aussi toute notre vie passionnelle, émotive et psychologique ; nous sommes donc appelés à cultiver cette harmonie avec nous-même, sans laquelle l’harmonie avec Dieu serait plus difficile à atteindre.

Enracinons-nous dans l’humanité qui est celle que le Seigneur nous a donnée, et respectons-là, même si, physiquement ou psychiquement, elle présente quelques handicaps, déficiences, blessures ou fragilités. Si nous respectons cette humanité qui est la nôtre, notre « chair » au sens biblique sera pure, comme celle de Joseph, parce qu’elle ne sera pas soumise aux pulsions qui échappent au contrôle de l’âme.


Troisième note : celle-là, l’Evangile ne la signale pas, parce que cette note c’est le silence !

Joseph est le grand silencieux, le grand muet, celui dont l’Evangile ne rapporte aucune parole. Lui à qui a été confié le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu, il se tait, mais c’est un silence riche de sens, un silence chargé de la présence de Dieu. Son silence est le silence de celui qui écoute, qui écoute avec ses oreilles et avec son cœur, qui écoute et qui obéit – audire-obaudire –, attentif à accueillir le plan de Dieu et disponible pour accomplir ce que Dieu attend de lui.

Je disais que l’Evangile ne rapporte aucune parole de Joseph : c’est vrai, mais l’Evangile nous indique pourtant que Joseph a prononcé un mot, un seul. « Tu lui donneras le nom de Jésus », lui ordonne l’ange : « Jésus », c’est le seul mot que Joseph doit prononcer, et c’est le mot qui résume l’appel du Seigneur, cet appel qui lui a demandé de centrer toute sa vie sur Jésus.

Saint Joseph nous enseigne par-là l’importance du silence, silence extérieur et silence intérieur, parce que c’est dans le silence que Dieu parle à notre cœur. Au milieu même des activités liées à notre devoir d’état, nous attacher au silence, à la prière, à l’écoute de la Parole de Dieu, à la relecture des événements pour discerner sa volonté ; et par-dessus tout, placer et conserver Jésus au centre de notre vie.


L’accord de ces trois notes, l’âme droite, la chair pure, le silence, a ceci de remarquable qu’il peut accompagner aussi bien la vie active que la vie contemplative, parce que l’harmonie de ces trois notes est la marque d’une vie intérieure authentique. Alors, n’hésitons pas à demander à saint Joseph de nous enseigner ce qu’il a si bien su vivre.

 
 
 

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