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DIMANCHE 16 MARS 2025 2° dimanche de Carême année C

Homélie sur Luc 9 , 28b – 36 : la Transfiguration

Jésus est transfiguré pendant qu'il prie sur la montagne : « l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Elie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s'accomplir à Jérusalem », c'est-à-dire de sa Passion et de sa mort sur la Croix.


En laissant entrevoir pour un instant sa gloire divine, Jésus donne comme un avant-goût du Royaume des Cieux, de la vie éternelle – mais il montre en même temps que pour entrer dans sa gloire il doit passer par la Croix.


Et cela, les Apôtres ne le comprennent pas. Ils voient la gloire de Jésus et ils voudraient s'y installer tout de suite : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes ... » ; mais la perspective de la Croix, non, laissons-là de côté.


Pourquoi la Passion et la mort sur la Croix sont-elles nécessairement liées à la gloire du Christ ? C'est d'autant plus déroutant que Jésus n'en donne aucune explication. Aux disciples d'Emmaüs, par exemple, il dira seulement : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? Et, partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur interpréta, dans toutes l’Ecriture ce qui le concernait » (Luc 24, 25-27).

Une seule réponse donc : l'accomplissement des Ecritures, en esprit d'obéissance à Dieu. C'est une explication, bien sûr, mais cela laisse le mystère entier. Il y a là un fait établi par Dieu, et toute la réflexion des théologiens depuis vingt siècles n'a guère pu nous en dire davantage.


Nous sommes comme les Apôtres : nous avons le désir de la gloire du Ciel, et nous avons une aversion naturelle pour la souffrance, pour nos croix. Et pourtant nous savons bien qu'il nous faut porter notre croix ici-bas avant de parvenir à la gloire du Ciel.


Mais voilà : de même que la vie éternelle consistera à être avec Jésus dans sa gloire, de même nos croix d'ici-bas sont liées à la Croix de Jésus. En prenant notre nature humaine par l'Incarnation, le Fils de Dieu s'est en quelque sorte uni lui-même à chaque homme, et il offre à tous les hommes la possibilité d'être associés à son mystère pascal. Jésus appelle ses disciples à prendre leur croix et à le suivre, parce qu'il veut nous associer à son sacrifice rédempteur, nous qui en sommes les premiers bénéficiaires (cf. C.E.C. N° 618).


Le mystère établi par Dieu, c'est que Dieu nous appelle à devenir ses fils, et donc à ressembler à Jésus, son Fils unique.

Dieu nous appelle à ressembler au Christ glorifié, mais aussi au Christ crucifié. Cela signifie que nos croix, nos épreuves, elles trouvent leur sens dans la Croix de Jésus. Notre souffrance, elle a du prix en union avec celle du Christ, dans la mesure où nous en faisons une participation à la Croix du Christ, et dans la mesure où le Christ est avec nous pour la porter.


Et alors le triomphe de la Résurrection, le triomphe du Christ, c'est aussi notre triomphe à nous, puisque nous nous sommes attachés à lui. Nous serons avec lui pour entrer dans sa gloire, après avoir comme lui et avec lui porté nos croix. C'est cela le salut que Jésus est venu nous apporter.


Grâce à Jésus la souffrance n'est donc plus forcément absurde, injuste, écrasante, mais elle a trouvé un sens. Depuis que Jésus a souffert dans notre nature humaine, la souffrance a acquis une valeur infinie et éternelle, une valeur de salut : nous ne souffrons plus comme des individus isolés, mais nous souffrons comme des membres du corps du Christ, du Christ qui a souffert et qui est mort pour tous, qui est ressuscité pour que tous partagent avec lui la vie éternelle.


Ce n'est pas pour autant, bien sûr, que la souffrance nous deviendra facile et douce, à comprendre, à porter ou à accepter ; sinon ce ne serait plus la souffrance, et nous n'en retirerions pas les mêmes fruits. Mais nous savons que Dieu est là, avec nous, derrière nos épreuves, et qu'il s'en sert pour nous attirer à lui. Et même, toute la masse de la souffrance humaine serait inexplicable et révoltante si ce n'était pas justement à travers elle que l'amour de Dieu se révèle pour nous offrir la vie éternelle.


Voilà pourquoi nous trouverons toujours la croix sur notre chemin : elle est forcément sur le chemin qui mène à Jésus.


Regardons Jésus sur la Croix : à sa droite et à sa gauche il y a deux brigands, les deux larrons. Ils subissent la même torture, ils sont affrontés à la souffrance et à la mort.

La souffrance du premier le replie sur lui-même, il s'enferme dans la révolte et le blasphème, parce qu'une souffrance qui n'est pas spiritualisée dégrade l'âme. Il n'échappe pas à la souffrance, mais la souffrance le fait échapper à Dieu : cela, c'est le risque, le risque tragique de la souffrance.

Le second larron, par contre, entend Jésus s'écrier : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font » (Luc 23, 34) ; il se tourne vers Jésus pour lui dire : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » (Luc 23, 42), et cela suffit : tout brigand qu'il est, ce seul geste de foi et d'amour suffit pour transfigurer sa souffrance et la faire déboucher sur la gloire du Paradis.


Au-delà de la rébellion naturelle que nous éprouvons contre la croix quand nous la rencontrons sur notre chemin, pensons au bon larron : sans nous arrêter à nos premières réactions de peur, d'accablement, de rejet ou de révolte, dans le fond de notre cœur, unissons notre croix à la Croix de Jésus, pour qu'il en fasse, comme de la sienne, une semence de Résurrection. Amen.


 
 
 

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