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DIMANCHE 26 JANVIER 2025 - 3° Dimanche du Temps Ordinaire . Année C

Homélie sur 1 Co 12, 12-30


l’Eglise, corps du Christ


« Vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps » : nous entendions saint Paul le dire aux Corinthiens dans la seconde lecture. C’est parce que l’Eglise de Corinthe connaissait des tensions internes : des rivalités, des jalousies, des brouilles entre chrétiens, que saint Paul juge nécessaire d’expliquer comment nous, chrétiens, nous sommes tous membres de l’Eglise qui est le corps du Christ. C’est un enseignement qui reste toujours d’actualité pour l’Eglise d’aujourd’hui …


Pour bien le faire comprendre, saint Paul a recours à une image, l’image du corps humain. A vrai dire, il n’invente rien : une fable d’Esope, qui était bien connue dans la culture grecque de l’époque, l’avait déjà employée :

Il était une fois un homme dont tous les membres parlaient et discutaient entre eux. Un jour les pieds et les mains se révoltent contre l’estomac parce qu’il ne travaille pas mais se contente de manger et de boire ce que les autres membres lui fournissent … et c’est le jour où les pieds et les mains décident de faire la grève qu’ils réalisent qui si l’estomac meurt de faim, les autres membres mourront avec lui ! Ce corps-là, comme tous les corps, fait un tout, et les membres ont tous besoin les uns des autres !


C’est une parabole très claire, mais pour le cas où on ne la comprendrait pas, saint Paul se donne la peine de l’expliquer : « Vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps ». Vous, la communauté des chrétiens de Corinthe, réalisez que vous êtes un seul corps, un corps dont Jésus est la tête et dont vous êtes les membres. Ce corps est vivant d’une vie qui sans cesse se renouvelle ; ce corps a une âme que lui donne l’Esprit-Saint, et en lui coule le sang vivifiant de la grâce de Dieu.

Saint Paul n’invente rien, puisque c’est déjà ce que disent de l’Eglise primitive, et donc de notre Eglise, les Actes des Apôtres : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme » (Actes 4, 32).

Nous sommes différents les uns des autres, c’est vrai, mais saint Paul nous dit que nos diversités sont notre chance, à condition d’en faire les instruments de l’unité. Pas un instant, saint Paul ne parle en termes de hiérarchie ou de supériorité ! « Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres », toutes nos distinctions bien humaines, tout cela ne compte plus : désormais une seule chose compte, notre baptême « dans un unique Esprit », notre participation à ce corps unique, le corps du Christ. Finies les considérations de supériorité ou d’infériorité entre nous, les vues de Dieu sont tout autres : « Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi » disait déjà Jésus à ses Apôtres (Matthieu 20, 26). La plus haute dignité, la seule qui compte, c’est d’être membres de l’unique corps du Christ ; et cette dignité, tous les chrétiens la partagent également : « C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps ».


Une conséquence de cette unité du corps qu’est l’Eglise, c’est que nous ne sommes pas seuls, nous ne sommes jamais seuls – et c’est réconfortant d’en prendre conscience dans notre monde qui est souvent dur. Nous sommes chacun les enfants d’un même Père, les membres d’une même famille, chacun ayant sa place à la table commune. Personne n’est inutile, personne n’est en trop, chacun est connu et aimé ; tout le monde a son rôle à jouer, un rôle qui n’est jamais mineur mais toujours essentiel aux autres.

Le monde païen dans lequel nous vivons, et son maître Satan, voudraient nous isoler, nous diviser, nous séparer – et c’est d’ailleurs le sens du mot diable : celui qui divise. Le monde païen qui nous entoure, et le démon avec lui, sèment en nous la mauvaise herbe de la comparaison des uns avec les autres, et cette comparaison engendre la jalousie qui est la mère de la haine et de la guerre. Ils prônent l’individualisme du chacun pour soi qui conduit au désespoir et à la mort.

Mais l’Esprit de Dieu nous garde de succomber à cette tentation. Il murmure à notre cœur : Réjouissez-vous, vous n’êtes pas seuls, ni abandonnés. Vous êtes unis les uns aux autres et indispensables les uns aux autres comme les organes, les membres, les cellules d’un corps unique.

Nous puisons une grande force dans cette communion, qui est la communion des saints. Il faut se le rappeler souvent, et c’est particulièrement vrai pour ceux qui se trouvent seuls chrétiens dans un milieu indifférent ou hostile. Que chacun se rappelle intérieurement : je ne suis pas seul ; ni le Christ, ni l’Eglise, ni la communauté ne me quittent jamais.

Nous prions les uns pour les autres. Nous nous portons les uns les autres. Celui qui va bien porte celui qui va mal. Et celui qui va mal s’appuie sur ceux qui vont bien. Pensons à nos nombreux frères chrétiens qui sont persécutés aujourd’hui dans tant de pays : nous les portons dans notre prière, et ils nous portent dans leur sacrifice. Que serions-nous sans ces martyrs qui sanctifient toute la communauté des croyants ? Nous avons autant besoin d’eux qu’ils ont besoin de nous.


De cette force incomparable qu’est la communion des saints, il découle une responsabilité dont nous ne prenons peut-être pas suffisamment conscience. Nous nous entraînons les uns les autres, tant vers le haut que vers le bas. Notre communion nous fait un devoir de nous rappeler que chacun de nos actes, chacun des actes de l’un des membres, concerne le corps tout entier. « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie », dit saint Paul.

Puisque tous les croyants forment un seul corps, le bien du Christ, qui est la tête de ce corps, est communiqué à tous ses membres, par les sacrements de l’Eglise, nous le savons, mais nous savons aussi que les biens spirituels de chaque membre se communiquent aux autres (cf. CEC 947).

Celui qui se sanctifie, sanctifie tout le corps. Celui qui se compromet, compromet tout le corps. Celui qui prie ou qui donne de son temps, même dans le secret, sans que nul ne le sache, celui-là conforte le corps, il le porte, il l’élève.

Celui qui est tenté de commettre une mauvaise action doit se rappeler qu’il entraînera avec lui le corps entier s’il se laisse aller à faire le mal. Mon péché, surtout s’il est grave, si c’est ce qu’on appelle un péché mortel, blesse la communion des fidèles. Mon péché m’abîme, mais il abîme aussi toute la communion des fidèles.

Cette pensée doit nous stimuler et nous tenir en éveil. Si un membre souffre, tous les membres souffrent ; si un membre se sanctifie, il illumine tout le corps par sa sainteté. Avoir cela présent au cœur et à l’esprit, nous préservera de bien des malheurs, pour chacun de nous d’abord, mais aussi pour toute la communauté. C’est bien cela la grâce et la responsabilité de ne faire qu’un seul corps.


De cet aperçu de la communion des saints, on pourrait dire ce que Jésus disait il y a quelques instants dans l’Evangile : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre »., parce que c’est pour nous qui l’entendons maintenant qu’il se réalise.

Alors frères et sœurs, rendons grâce au Seigneur qui fait de nous le corps du Christ, et efforçons-nous de mieux prendre conscience et de mieux vivre cette grâce et cette responsabilité.

 
 
 

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