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lundi 9 décembre 2024 : Immaculée Conception

La première lecture d’aujourd’hui et l’Evangile se répondent : le récit de la chute dans la Genèse, le récit de l’Annonciation en saint Luc. Le premier Non de l’homme à Dieu, qui est un Oui au serpent, et le grand Oui de Marie à Dieu, ce sont les deux moments cruciaux dans l’histoire des relations entre l’homme et Dieu, qui nous conduisent à l’origine du mal et du bien.


Par le premier Non de la Genèse, Eve, c’est-à-dire l’homme, l’humain, a voulu en faire à sa tête, a voulu se regarder soi-même plutôt que de regarder Dieu. Mais en sortant de la communion avec Dieu, il s’est perdu lui-même, et alors il commence à avoir peur : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché » ; il commence à accuser les autres : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle … ». Adam ne se contente pas d’accuser Eve : il aurait pu dire simplement « ma femme », mais il ose même accuser Dieu : « La femme que tu m’as donnée ». Et Eve à son tour accuse : « C’est la faute du serpent ». Ce sont deux symptômes classiques du péché : avoir peur quand notre conscience nous signale qu’on est en train de dire non à Dieu, accuser les autres sans se regarder soi-même quand on est en train de s’éloigner de Dieu.

Mais Dieu ne prend pas son parti de voir l’homme tomber dans le mal : « Où es-tu donc ? ». « Où es-tu donc ? », nous avons tous entendu ce cri-là : c’est le cri d’une maman qui a perdu son petit enfant dans un supermarché et qui commence à s’affoler. Dieu ne veut pas laisser son petit enfant se perdre. Cela, c’est la première lecture.


La seconde lecture, c’est quand pour ramener son petit enfant, Dieu vient fouiller jusqu’au fond du supermarché, Dieu se fait homme comme nous. Et cela, c’est possible grâce à un grand Oui, le Oui de Marie, qui vient réparer le Non d’Eve. Par ce Oui, Jésus commence son chemin avec nous ; il commence vraiment au commencement, en se faisant tout petit dans le sein de Marie, tout petit pendant neuf mois ; semblable à nous en tout, à l’exception du péché, à l’exception du Non. Pour cela, il a choisi Marie, la seule qui n’a jamais dit Non, celle que l’ange Gabriel avait appelé « Comblée- de-grâce » pour signifier qu’elle est tellement remplie de la grâce de Dieu qu’en elle il n’y a pas la moindre place pour le péché, pas la moindre place pour le Non.


« Comment cela va-t-il se faire ? », demande Marie. Cela ressemble à la question qu’avait posée Zacharie à l’ange : « Comment vais-je savoir que cela arrivera ? » (Luc 1, 18), mais ce n’est pas du tout la même chose. Zacharie a du mal à croire, Zacharie est incrédule, il demande une garantie avant d’accepter de croire ; Marie n’a pas d’hésitation, elle croit tout de suite, mais elle demande quand même un complément d’information. Et elle a raison : si Eve avait demandé un complément d’information au serpent au lieu de gober tout de suite ce qu’il lui racontait, elle aurait peut-être pu éviter de se laisser tromper.

Par son Oui au serpent, Eve avait dit Non à Dieu. Marie, elle, ne dit pas explicitement Oui à l’ange. D’ailleurs, je ne suis pas sûr que le mot Oui existe en hébreu ; en latin comme en grec, en tous cas, il n’existe pas. Marie répond encore mieux que Oui, elle répond « Voici la servante du Seigneur ». Un simple Oui aurait pu signifier Oui pour aujourd’hui, et ensuite on verra ; tandis que « Voici la servante du Seigneur » signifie Oui pour aujourd’hui, Oui pour plus tard, Oui pour toujours. C’est un Oui entier, total, sans conditions, c’est le seul Oui qui peut renverser le Non des origines, le Oui humble qui guérit le Non orgueilleux d’Adam et Eve.


Et nous, sommes-nous capables d’un Oui qui ressemble à celui de Marie ? Chez nous, malheureusement, il y a souvent des Oui, mais il y a aussi parfois de Non, et il y a aussi, peut-être même davantage, des Oui à moitié, des Ouais … Ou bien on fait semblant de ne pas comprendre ce que Dieu nous demande, de ne pas comprendre ce que notre conscience nous indique, ou bien on ruse pour ne pas dire un vrai Non : « Je ne le fais pas parce que je ne peux pas, je n’ai pas le temps, je ne suis pas bien disposé, et puis ce n’est pas si important que cela, et puis cela peut bien attendre jusqu’à demain, etc. » En rusant ainsi on s’éloigne du vrai Oui ; le Oui mais, c’est en réalité un Non déguisé, pas toujours le Non du péché mais au moins le Non de la médiocrité.

Tous ces Oui mais, ces Oui manqués, si nous nous regardons chacun en vérité, combien en trouverons-nous dans notre vie ? Ces Oui mais, comme le Non d’Adam et Eve, nous éloignent de Dieu.


On aurait peut-être tendance à penser que quelqu’un qui ne fait jamais de péchés est quelqu’un de terriblement ennuyeux, que pour ne jamais faire de péchés il faudrait mener une vie fade et morne. En réalité c’est tout le contraire. Savoir dire Oui, c’est correspondre au projet de Dieu sur l’homme, ce projet qui s’est réalisé merveilleusement en Marie. Savoir dire Oui, c’est s’éloigner du péché qui est la cause de tous les problèmes qui perturbent l’humanité : « J’ai pris peur parce que je suis nu … La femme que tu m’as donnée, c’est elle … ». Parce que nous sommes créés à l’image de Dieu qui n’est qu’amour, nous sommes faits pour aimer, et le Non à Dieu est toujours un refus de l’amour, et donc un refus de la seule chose qui peut épanouir notre vie.

C’est d’ailleurs ce que l’ange laisse entendre à Marie : « Je te salue, Comblée-de-grâce », dans le texte original grec de l’Evangile c’est « Réjouis-toi, comblée de grâce, χαιρε, κεχαριτωμενη », et le mot réjouis et le mot grâce ont la même racine. Tu peux te réjouir parce que tu es comblée de grâce ; la source de la joie, de la vraie joie, elle se trouve dans la grâce, dans la capacité à s’abstenir du péché, la capacité à dire Oui à Dieu. Nous sommes faits pour aimer, et nous ne pourrons trouver la joie, nous ne pourrons nous épanouir, qui si nous nous ouvrons à la grâce, que si nous apprenons à dire Oui.

Malgré le Non de nos premiers parents, malgré tous les Non que nous avons-nous-mêmes prononcés, Dieu veut nous apprendre à dire Oui. La grâce qui nous apprendra à dire Oui, c’est le cadeau que Dieu veut nous offrir en Jésus ; et Marie est comme l’écrin dans lequel Dieu nous offre ce cadeau merveilleux, un écrin qui lui-même est parfaitement beau, parfaitement pur, et c’est pourquoi Marie peut nous aider à nous ouvrir à ce Oui que Dieu désire entendre de nous.


Alors, en cette fête de l’Immaculée Conception, demandons à Marie qu’elle intercède pour nous, afin que nous puissions lui ressembler : qu’elle m’apprenne, à moi, à me demander, sans tricher, quel est le Oui que Dieu attend de moi aujourd’hui ; qu’elle m’aide à prononcer ce Oui et à m’y tenir de tout mon cœur ; qu’elle m’aide à me laisser combler progressivement par la grâce pour qu’il ne reste en moi aucune place pour le Non, mais que, comme en Marie, Jésus puisse prendre en moi toute la place.


 
 
 

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