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25 mars 2026 : Annonciation. Luc 1, 26-38

Tout est très riche de sens, dans l’épisode de l’Annonciation, tout, jusqu’à la dernière phrase : « Alors l’ange la quitta ». C’est sur cette dernière phrase que je vais m’attarder un peu.

 

            On aurait facilement tendance à faire une lecture un peu mièvre de l’Annonciation, dans le style des contes de fées : Il était une fois, dans un pays lointain, une jeune princesse aussi sage que jolie … Les innombrables représentations artistiques de l’Annonciation, souvent très belles, nous orientent dans ce sens, et leur beauté exprime quelque chose de très juste, c’est sûr, mais n’exprime pas tout. « Alors l’ange la quitta », mais qu’est-il resté dans le cœur de Marie après le départ de l’ange ? L’ange lui a apporté un message du Seigneur et a reçu sa réponse, mais l’ange ne lui a pas posé une ligne directe de téléphone avec le Ciel, une vraie ligne sur laquelle il y a toujours du réseau, avec un téléphone rouge à chaque extrémité. L’ange ne lui a pas déroulé un tapis rouge pour qu’elle n’ait qu’à se donner la peine d’avancer entre deux rangées de roses et de lys.

            Après le départ de l’ange, Marie se retrouve seule ; seule avec le Fils de Dieu en elle, bien sûr, mais seule pour décider comment gérer la situation sans précédent où elle se trouve, sans aucune consigne à suivre au jour le jour. C’est-à-dire que l’ange l’envoie dans l’inconnu, sans aucun repère autre que sa foi et sa confiance en Dieu : « Je m’en vais, à toi de jouer, débrouille-toi ! »

            Et cet inconnu peut être terrifiant. Elle qui connaît la Bible, elle sait le sort que la Loi de Moïse réserve aux femmes qui attendent un enfant avant d’être mariées (Deutéronome 22, 20-21) : alors, qu’est-ce qui l’attend exactement ? comment doit-elle s’y prendre pour remplir la mission dont elle est chargée ? que peut-elle ou que doit-elle dire à Joseph ou à ses parents ? comment s’y prendre pour élever un enfant qui ne sera pas un enfant comme les autres mais qui est le Fils de Dieu ? Elle qui connaît la Bible, elle doit bien se douter de ce qui attend le Messie, et c’est angoissant ; elle sait aussi que lorsque Dieu appelle quelqu’un, c’est habituellement un chemin semé d’épreuves qu’il lui prépare, et Dieu ne le lui a certainement pas caché. Les questions, les questions graves, se bousculent, mais l’ange s’en va sans lui donner la moindre indication : Marie reste seule, dans une solitude totale.

 

Qu’y a-t-il dans le cœur de Marie, après le départ de l’ange ? Une grande joie, bien sûr, mais ce n’est certainement pas la joie de celle pour qui le chemin est clair et facile. C’est plutôt la joie de s’être donnée sans réserve au Seigneur, et de savoir que le Seigneur a accepté ce don total d’elle-même : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole ». La joie d’être totalement disponible à ce que Dieu attend d’elle, la joie de s’offrir sans aucune restriction, sans demander de garanties. Mais se donner à Dieu sans tout comprendre, sans demander à maîtriser, à contrôler, ni même à connaître ce qui va lui arriver, cela reste un acte de foi extrêmement fort, qui n’est pas facile à poser.

Pour l’aider à poser cet acte, elle a bien sûr la grâce de l’Immaculée Conception, et elle a aussi les paroles de l’ange : « Sois sans crainte, Marie … car rien n’est impossible à Dieu ».

Marie ne recevra qu’au jour le jour la lumière pour avancer, et ce n’est plus par un ange qu’elle la recevra désormais, mais simplement en méditant et en gardant dans son cœur tous ces évènements (cf. Luc 2, 19.51). Le cœur de Marie restera confiant et croyant, même lorsqu’il sera transpercé par la douleur que lui annonce le vieillard Syméon (cf. Luc 2, 35). Elle restera fidèle jusqu’au bout, forte dans sa foi, sa foi qui lui dit que si Dieu est Dieu, il a pensé à tout, et qu’elle n’a qu’à consentir à son projet d’amour sur elle, que c’est dans l’obscurité qu’elle doit avancer, mais qu’elle peut y avancer en toute confiance.

 

Avec nous, Dieu a parfois la même façon d’agir qu’avec la Vierge. D’une façon ou d’une autre (mais rarement par un ange), il nous donne une lumière et nous demande d’avancer ; la lumière n’éclaire que l’entrée du chemin, et nous ne savons pas du tout comment il se présentera au-delà. Quand Dieu nous demande si nous acceptons de nous y engager, c’est un saut dans l’inconnu qu’il nous demande de faire, comme Marie, avec notre foi comme seule garantie. Alors, apprenons de Marie que la coopération à l’œuvre de Dieu passe par un oui sans réserve ; trop souvent, malheureusement, nous nous cherchons des prétextes pour ne pas dire oui, des excuses pour ne pas nous engager, ou des garanties avant de nous engager.

Le Oui qu’a prononcé Marie, Fiat en latin, Γενοιτο en grec, c’est en hébreu le mot Amen, c’est-à-dire la réponse de foi à la parole de Dieu : ce n’est pas un oui du bout des lèvres, mais un oui joyeux et sans restriction. Alors, apprenons de Marie à dire oui au Seigneur, à lui dire oui dans la confiance, et à redire ce oui jour après jour, même et surtout une fois que la lumière n’est plus là, que l’ange est reparti, lorsque nous sommes dans l’obscurité ou devant des situations qui semblent bloquées. Apprenons de Marie à méditer et à garder dans notre cœur tout ce que Seigneur a fait pour nous, pour discerner au jour le jour le chemin qui doit être le nôtre.

 

Que l’intercession de Marie nous aide à vivre la confiance en Dieu et à ajuster notre volonté à sa volonté. Amen.

 
 
 

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