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DIMANCHE 5 JUILLET 2026 14° dimanche ordinaire, année A Homélie sur Matthieu 11 , 25 – 30 : « Venez à moi, vous tous qui peinez … »

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos », dit Jésus.

Voilà un programme bien attirant, parce que les fardeaux, nous en avons tous à porter, et des fardeaux souvent lourds : le poids de notre travail, de nos responsabilités, de nos inquiétudes pour nous-mêmes ou nos proches. A quoi peuvent s’ajouter aussi le fardeau de l’âge, de la santé, ou le tiraillement de veilles blessures qui ne sont toujours pas refermées, et tant d’autres choses encore. Quelle bonne chose que Jésus se propose de nous en délivrer !

Mais Jésus ajoute aussitôt « Prenez sur vous mon joug ». Alors là, on ne comprend plus. Nous faire porter un joug, c’est nous considérer comme une bête de somme, comme un bœuf dont la seule raison d’être est de tirer la charrue ; ce n’est vraiment pas un programme de vie très attirant ! Et surtout, est-ce que c’est vraiment comme cela que Jésus prétend nous soulager : en rajoutant encore un poids de plus au fardeau que nous portons déjà ? D’autant que le joug que Jésus nous propose, nous devinons bien à quoi il doit ressembler : une poutre verticale avec une traverse horizontale, un joug en forme de croix, un joug qui serait une croix à porter ! Le soulagement, oui, nous le désirons, mais le joug, non !

 

            Pour comprendre ce que nous dit Jésus, il faut réfléchir à ce qu’est en réalité un joug. Pour labourer le sol, il faut tirer une charrue. La charrue est pesante, le sol lui-même est lourd ; si on ne veut pas que le bœuf gaspille inutilement son énergie, la charrue doit être reliée à la partie la plus vigoureuse de l’animal. Si par exemple on avait la mauvaise idée de relier la charrue à ses pattes, les pattes se briseraient ; si on la reliait à son cou, il s’étranglerait. Il faut relier la charrue à la partie la plus vigoureuse du bœuf, qui est sa tête, sa nuque : le joug est la pièce d’attelage qu’on fixe sur la tête du bœuf et qui lui permet d’employer la force de sa nuque pour tirer la charrue. La charrue est lourde, la terre à retourner est lourde, mais le joug lui-même n’est pas particulièrement lourd, et sa fonction est de permettre au bœuf de tirer la charrue sans se fatiguer inutilement. Le joug n’est donc pas une charge supplémentaire, il est au contraire ce qui permet d’alléger le fardeau du labour.

 

            Il en va de même pour nous. Nous avons tous à porter notre propre fardeau, nous avons tous à tracer le sillon de notre existence, en tirant derrière nous notre fardeau comme une charrue. Tous les soucis et les épreuves que nous avons à porter, nous sommes bien obligés de les tirer si nous voulons continuer à avancer dans la vie, à avancer en creusant notre sillon. Et nous sommes comme le bœuf : pour tirer notre fardeau sans nous épuiser, il nous faut un joug.

            Le problème que les paysans ont résolu en inventant le joug pour le bœuf, chacun de nous doit le résoudre pour lui-même. Pour employer un mot savant, c’est un problème d’ergonomie : comment trouver un joug ? et sur quel point de notre être doit-on fixer ce joug pour ne pas nous épuiser à la tâche en dépensant inutilement notre énergie ? Ou bien, pour dire les choses autrement : vers quel but devons-nous consacrer les efforts de notre existence ?

            Les hommes ont essayé de résoudre ce problème d’ergonomie de plusieurs façons :

. les uns n’agissent qu’en vertu de leurs impulsions immédiates, de leurs envies, de leurs plaisirs, au fur et à mesure qu’ils se présentent. Ceux-là, apparemment, ne portent ni joug ni fardeau. Mais en réalité le plaisir finit tôt ou tard par s’avérer tyrannique, non seulement pour les autres mais pour eux-mêmes. Et un jour viendra fatalement où ils constateront qu’ils n’ont rien construit de durable, rien fait de valable dans leur vie.

. pour d’autres, le joug consiste à agir pour se prouver à soi-même ou pour montrer aux autres qu’on est fort, qu’on est quelqu’un de bien, qu’on est mieux que les autres. De défi en défi on peut ainsi mener très loin sa charrue et accomplir des exploits. Mais un jour viendra fatalement où l’épreuve plus forte que nous finira par briser le joug de l’orgueil. Alors comme une bête de somme épuisée, on s’effondre lourdement sur le sol, et c’est le désespoir.

. pour d’autres, le joug est le sens du devoir. Le sens du devoir, c’est un sentiment plus noble ; mais si c’est le seul motif qui nous fait avancer, on finira par s’aigrir et se dessécher complètement.

 

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos », dit Jésus. Jésus ne dit pas qu’il veut nous décharger de tout fardeau. Comme tous les autres, le chrétien doit tirer le poids de ses responsabilités, de ses soucis, de ses épreuves, de ses échecs. Et puis, il faut bien le reconnaître, le chrétien doit tirer des fardeaux de surcroît qu’ignorent les autres hommes. Nous le savons bien : l’Évangile nous commande la fidélité au Christ, le pardon des offenses, l’amour du prochain et même l’amour des ennemis, toutes choses qui peuvent s’avérer particulièrement pesantes.

Jésus ne dit pas qu’il supprime notre fardeau, il dit qu’il nous soulage : « moi, je vous procurerai le repos ». Et comment nous soulage-t-il ? « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur ». Ce qui nous donne la force de porter notre fardeau, le joug qui nous permet de tirer de si lourdes charges, c’est de devenir disciples de Jésus, c’est notre amour pour Jésus, pour Jésus doux et humble de cœur. Tout entreprendre, tout supporter par amour pour Jésus, nous efforcer d’imiter Jésus doux et humble de cœur : voilà le joug qui n’écrase pas mais qui relève, le joug qui n’asservit pas mais qui libère.

 

Alors, comment faire pour nous placer sous le joug de Jésus, ce joug qui libère ?

D’abord nous tourner vers Jésus : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau ». L’erreur, quand cela va mal, c’est de rester là où l’on est, enfermé dans nos difficultés. Parce que quand cela va mal il est parfois difficile de trouver l’énergie pour réagir ! Dans les moments sombres, on est porté à rester entre soi, à ruminer combien la vie est dure, combien les autres sont ingrats, combien le monde va mal, etc., nous le savons tous. Mais si nous nous renfermons ainsi, nous voyons tout en noir, et la tristesse et le découragement nous guettent. Alors, sortons de nous-mêmes, oui, mais pour aller vers Jésus : « Venez à moi » nous dit Jésus.

Aller vers Jésus, cela signifie nous tourner vers lui, lui ouvrir notre cœur, en sachant qu’il nous aime ; lui confier nos difficultés et lui dire notre amour pour lui. Nous tourner vers Jésus, nous le pouvons, particulièrement dans la prière, dans la lecture et la méditation de l’Évangile, dans l’amour du prochain et dans le sacrement de l’Eucharistie.

Il y a le fardeau de nos péchés, qui peut être parfois lourd à porter : ce fardeau-là, Jésus peut nous en libérer, dans le sacrement de la réconciliation. Et il y a le fardeau des soucis de la vie : celui-là, Jésus, habituellement, ne le supprimera pas, mais il nous rendra forts pour le porter. Jésus ne nous supprime pas les poids de la vie, mais il adoucit l’angoisse du cœur ; il ne nous supprime pas la croix, mais il la porte avec nous. Avec Jésus notre fardeau restera sans doute lourd mais cessera d’être une charge écrasante, parce que le repos auquel nous aspirons c’est Jésus lui-même : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme ». Lorsque Jésus entre dans notre vie, la paix arrive, cette paix qui demeure même dans les épreuves, dans les souffrances.

 

Peut-être sommes-nous tentés parfois de nous dire que tout cela c’est bien beau mais cela ne marche pas : j’aime sincèrement Jésus, je m’efforce de mener me vie conformément à l’Évangile, et pourtant mon fardeau reste trop lourd pour moi. Cela peut arriver, c’est vrai. C’est en réalité un appel à vérifier que le joug, le joug de l’Évangile, est bien arrimé sur ma nuque. Ce joug, ce joug qui soulage, on peut aussi l’appeler l’Esprit Saint, l’action de l’Esprit Saint, la grâce. Et la grâce, l’action de l’Esprit Saint en nous, qui nous fait ressembler à Jésus en nous rendant « doux et humbles de cœur », nous en avons toujours besoin, nous avons toujours besoin de la demander au Seigneur. Nous avons toujours besoin de nous placer et de nous replacer toujours mieux sous le joug de Jésus.

 

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau ». Quel que soit le fardeau que nous avons à porter, tournons-nous vers Jésus, comme il nous y invite. Et attelons-nous bien sous son joug, en lui donnant de notre temps par la pratique de la prière, la lecture de la Parole de Dieu, par la pratique des sacrements et de l’amour du prochain. En ces mois d’été où les vacances nous font chercher un peu de repos de ce qui fatigue le corps, n’oublions pas de chercher aussi, pour le trouver, le vrai repos dans le Seigneur. « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme ».

 
 
 

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