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29 juin 2026. Solennité des Saints Pierre et Paul. Matthieu 16, 13-19

Comment réagissons-nous lorsque nous nous trouvons face à une situation nouvelle ou une personne nouvelle ? Bien souvent nous essayons de ramener l’inconnu à quelque chose de connu, parce que cela nous aide à l’appréhender. La canicule des jours derniers ? Cela rappelle celle de 2003, peut-être même celle de 1976 ! Tel paysage ? On dirait les Alpes, ou la côte bretonne, ou la Beauce ! Un enfant ? Il ressemble à son papa ! Etc.

            C’est à partir de notre histoire et de notre expérience que nous décrivons ce que nous rencontrons ; c’est normal, et cela nous permet d’être compris des autres, et cela nous aide à nous comprendre nous-mêmes. Mais cela reste pourtant une première approche, qui est incomplète et jamais entièrement exacte.

 

Il en va de même avec Jésus. Lorsqu’il demande à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? », c’est exactement ce type de réponse qu’il obtient : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes ». Les gens qui suivent Jésus, de plus ou moins près, de plus ou moins loin, perçoivent quelque chose de Jésus, de sa personne et de sa mission, et ils le décrivent à partir de leur expérience et de l’histoire du salut : Jésus, c’est Jean-Baptiste, c’est Élie, c’est Jérémie ou même un autre prophète. Ce n’est pas faux, bien sûr : Jésus pose effectivement des signes qui l’inscrivent dans la lignée de ces prophètes. Pourtant, toutes ces figures sont des figures du passé, elles ont accompli leur mission, elles sont mortes, ces prophètes sont des personnages qui appartiennent à un passé révolu. En réalité les gens se trompent sur l’essentiel : Jésus ne peut pas être réduit à la figure de l’un des prophètes.

 

« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » La réponse de Simon est surprenante : il dépasse la réponse donnée par les foules, il ne prend pas appui sur les figures du passé mais il a saisi la nouveauté de Jésus. Simon, qui fréquente Jésus, qui le connaît, qui le suit, est ouvert à la grâce qui émane de lui, c’est ce qui lui permet d’affirmer : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »  Simon n’emploie pas, comme les autres, une image qui ramènerait Jésus à prophète du passé, mais il met le doigt sur ce qu’est Jésus, précisément, essentiellement. Il dit qui est Jésus, avant même que Jésus l’affirme de lui-même : tu n’es pas un homme du passé, ni même le continuateur de Jean-Baptiste qui vient d’être supplicié ; tu es le fils du Dieu Vivant, du Dieu de la vie ; tu es le Vivant.

Cette réponse de Simon est un événement central dans sa vie, au point qu’à partir de ce jour Jésus change son nom : « Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » ; Jésus change son nom pour faire de lui un homme nouveau et lui donner une mission bien spéciale.

 

Jésus, aujourd’hui encore, pose la question : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Alors : pour nos contemporains, qui est Jésus ? Les réponses, celles que nous rencontrons dans la presse, dans les conversations de la vie courante ou du café du commerce, ressemblent à celles des contemporains de Jésus, en ce qu’elles ramènent bien souvent Jésus à des figures déjà connues : un sage, un exalté, un philanthrope, un rêveur, un révolutionnaire, un gourou, un visionnaire dont la doctrine a eu une influence sur le cours de l’histoire, etc. Mais finalement on parle de lui comme de quelqu’un du passé, un mort, un personnage qui a eu son temps et son rôle mais qui est déjà englouti dans le passé. Là encore, le regard n’est qu’une première approche, qui reste terriblement pauvre et incomplète, qui s’arrête bien avant le seuil de la vérité, sans même s’en approcher.

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« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » C’est à nous aussi que Jésus pose la question, à chacun d’entre nous. Chaque jour, Jésus nous interroge, et chaque jour nous avons à lui redire notre foi. Notre foi, notre réponse, nous n’avons pas à l’inventer, nous n’avons qu’à reprendre les termes même de Simon, ou plutôt de Pierre, qui parle au nom de tous les Apôtres : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » C’est la réponse aussi du successeur de Pierre, de tous les successeurs des Apôtres, c’est la réponse de toute l’Église : Jésus est le Fils du Dieu Vivant, il est Dieu lui-même, il est le Vivant lui-même.

 

En proclamant sa foi, Simon a mérité de devenir Pierre, la pierre sur laquelle Jésus bâtit son Église. En proclamant à notre tour ce qui fait notre foi, nous devenons nous aussi pierres, nous devenons les pierres vivantes qui forment l’Église, qui construisent l’Église. En renouvelant chaque jour notre réponse de foi à la question de Jésus « Pour vous, qui suis-je ? », nous sommes renforcés dans notre union à l’Église, dans notre union à nos frères croyants, et dans notre union à Jésus lui-même.

 
 
 

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