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Mercredi 24 juin 2026. Solennité de saint Jean-Baptiste

  • il y a 19 heures
  • 4 min de lecture

Depuis combien de temps, frères et sœurs, n’avez-vous pas joué à cache-cache ? Oui, je dis bien à cache-cache ; je n’ai pas besoin de vous expliquer ce que c’est, vous le savez aussi bien que moi ! Peut-être pensez-vous que ce n’est pas une activité pour grandes personnes, pour gens sérieux … Et pourtant … et pourtant, la vie de saint Jean-Baptiste, que nous fêtons aujourd’hui, ressemble à certains égards à une grande partie de cache-cache.

 

            Nous l’entendions il y a quelques instants, dans la seconde lecture, tirée des Actes des Apôtres : « Au moment d’achever sa course, Jean disait : Ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas ». Est-ce que c’est moi ? Non, c’est pas moi ! Est-ce que je suis ici ? Non, j’y suis pas ! Cela ressemble bien à un jeu, cache-cache ou apparenté. Nous qui sommes des gens sérieux, nous préférerions dire qu’il s’agit d’une méprise, d’un malentendu. Mais c’est délibérément que saint Jean-Baptiste a suscité le malentendu, pour pouvoir le dénoncer ensuite : Je ne suis pas l’homme que vous croyez, désolé de vous décevoir, il faut en attendre un autre !

Vous attendez la Lumière du monde ? Je ne suis pas la Lumière, mais son flambeau. Vous attendez le Verbe ? Je ne suis pas le Verbe, mais la voix qui l’annonce dans le désert. Vous attendez la Parole ? Je ne suis pas la Parole, mais celui qui la porte. Vous attendez l’Époux de vos âmes ? Je ne suis pas l’Époux, mais l’ami de l’Époux. Vous attendez celui qui baptise dans l’Esprit ? Je ne baptise que dans l’eau.

En somme, vous attendez le Christ ? Je ne suis pas le Christ. Vous attendez celui qui fait grâce ? Je ne suis pas celui qui fait grâce, mais je suis le premier bénéficiaire de la grâce, dès avant ma naissance, et c’est précisément ce que signifie mon nom : Jean, Yohanan, « Dieu fait grâce ».

 

Jeu de cache-cache ou malentendu, cela a duré jusqu’à la fin de la vie de Jean, puisque c’est « au moment d’achever sa course, (que) Jean disait : Ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas ». Mais le malentendu commence dès sa naissance, quand on s’imagine savoir déjà qui il est, qui il sera : On l’appellera Zacharie, comme son papa, et il sera prêtre, comme son papa ! Eh bien non, dit Dieu, Jean ne sera pas celui que les voisins et la famille voudraient qu’il soit. Il ne sera pas prêtre de l’Ancienne Alliance, mais prophète de la Nouvelle ; il n’offrira pas de sacrifice à l’autel, mais il désignera « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

En somme, c’est toute la vie de Jean qui pourrait se ramener à une longue méprise : « Ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas ». Mais alors, qui donc est Jean ? Est-ce qu’il souffrirait d’une crise d’identité, une crise d’identité comme celle qui démange un certain nombre de nos contemporains, comme celle que le poète Arthur Rimbaud a exprimée par sa phrase célèbre : « Je est un autre » ?

Il ne s’agit pas du tout d’une crise d’identité, il s’agit de quelque chose de beaucoup plus profond. Quand Jean dit « Je ne suis pas », il renvoie toujours à Jésus, Jésus qui, lui, dit « Je suis ». « Je suis le pain de la vie … Je suis la lumière du monde … Je suis la porte … Je suis le bon pasteur … Je suis la résurrection et la vie … Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie … Je suis la vraie vigne … » (Jean 6, 35 ; 8, 12 ; 10, 9 ; 10, 11 ; 11, 25 ; 14, 6 ; 15, 1). Et le « Je suis » de Jésus est l’écho du « Je suis » révélé à Moïse au buisson ardent. « Je suis celui qui suis », la référence c’est Exode π (π, pour ceux qui ont oublié leur géométrie, c’est 3,14). « Je suis », le nom révélé par Dieu, ce n’est pas Jean qui peut le porter, mais Jésus : « Avant qu’Abraham fût, moi, JE SUIS … » (Jean, 8, 58).

 

L’humilité et la lucidité de Jean, qui désigne Jésus et s’efface devant lui, évoquent celles de sainte Catherine de Sienne, à qui Jésus avait déclaré : « Moi, je suis celui qui est ; toi, Catherine, tu es celle qui n’est pas ». Cela, tous les saints l’ont bien compris : ils ne se prennent pas pour Dieu, ils savent qu’ils ne sont pas Dieu et que sans Dieu, ils ne sont rien. Ils sont remplis du Christ, bien sûr, ils rayonnent du Christ ; mais ils ne sont pas le Christ. Leur joie est de désigner Jésus, d’amener les autres à Jésus, d’être les serviteurs de leur union avec Jésus. « Telle est ma joie, dit Jean-Baptiste, et elle est parfaite » (Jean 3, 29).

Cette joie parfaite, cette joie immense des amis de Dieu, demandons-la au Seigneur par l’intercession de saint Jean-Baptiste. Que saint Jean-Baptiste écarte des membres de l’Église la tentation de se prendre pour Dieu en s’arrogeant le nom « Je suis ». Que saint Jean-Baptiste apaise aussi les crises d’identité de ceux qui s’enferment dans le « Je ne suis pas ». Mais que saint Jean-Baptiste aide chacun d’entre nous à entrer dans sa partie de cache-cache pour y découvrir Jésus.

 
 
 

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