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Dimanche 10 Mai 2026 6° dimanche de Pâques année A Homélie sur Jean 14, 15 - 21 « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur »

Nous venons d’entendre un extrait du long discours d’adieu de Jésus. Avant de les quitter pour entrer dans sa Passion, Jésus rassure à l’avance ses Apôtres : après mon départ physique, je ne serai plus au milieu de vous, mais vous ne resterez pas orphelins, seuls, abandonnés, car dans la mesure où vous continuerez à garder mes commandements, alors vous ferez l’expérience d’une forme de présence qui sera source de vie en vous : « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité ». 

 

En bons Juifs qu’ils étaient, les Apôtres connaissaient la prophétie d’Ezéchiel : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles » (Ezéchiel 36, 26-27). Et cette autre prophétie, d’Ezéchiel aussi : « Je ne leur cacherai plus mon visage, parce que j’aurai répandu mon esprit sur la maison d’Israël » » (Ezéchiel 39, 29). Et celle de Joël, pour qui la promesse du don de l’Esprit n’est plus réservée au peuple élu mais est devenue universelle : « Je répandrai mon esprit sur tout être de chair » (Joël 3, 1). Alors, quand ils entendent Jésus leur dire : « l’Esprit de vérité … il demeure auprès de vous, et il sera en vous », ils peuvent comprendre, ou peut-être plutôt ils ont la clef pour comprendre plus tard, que le grand jour de l’Alliance définitive est arrivé.

 

            Mais pourquoi Jésus donne-t-il à l’Esprit le titre de Défenseur ? « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur ». Et si l’Esprit est « un autre Défenseur », en quoi Jésus est-il déjà lui-même un premier Défenseur ?

 

            Le mot Défenseur traduit le mot du texte grec de l’Evangile Paraklètos, un mot qui est difficile à rendre en français.

« Para-klètos » signifie : « celui qui est appelé auprès de quelqu’un » ; traduit en latin cela devient « ad-vocatus » ; en français, ce serait donc l’avocat, celui qu’on peut appeler pour se tenir à nos côtés, pour nous conseiller, pour assurer notre défense, le Défenseur. Mais c’est aussi celui qui est à nos côtés pour nous assister, nous consoler, nous soutenir dans les épreuves, le Consolateur.

            Jésus est lui-même un Paraclet, un Défenseur, saint Jean le dit dans sa première lettre : « Mes petits enfants … si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus Christ, le Juste » (1 Jean 2, 1) ; c’est le même mot, paraklètos.

 

Le Saint-Esprit, que Jésus prie le Père de nous donner, est un Défenseur ; mais les significations possibles du mot Paraclet nous disent qu’il est même plus qu’un défenseur.

- Le Saint-Esprit est celui qui est appelé auprès de nous, pour nous assister dans notre vie, pour nous aider à surmonter les obstacles. Il est notre soutien, notre Consolateur, il nous éclaire et nous guide sur le chemin de nos vies, surtout dans les tribulations.

 

- Le Saint-Esprit est celui qui prolonge auprès de nous la présence du Christ ressuscité. Le Paraclet ne parle pas de lui-même : il est inspiré par le Père et par le Fils et il redit à notre cœur tout ce qu’a dit Jésus. Il agit en nous comme un relais, un réémetteur de la Parole divine qui est vérité, c’est pourquoi Jésus le nomme « l’Esprit de Vérité ».

Il rappelle ce qu’a dit Jésus, il enseigne à suivre Jésus et à garder ses commandements. Il rend notre intelligence attentive aux enseignements de Jésus, il nous les fait aimer. Il fait approfondir la foi en Jésus, il témoigne de la vérité des enseignements de Jésus, il les confirme, il les traduit et les interprète pour notre vie d’aujourd’hui, il les fait vivre en nous rejoignant sur le chemin qui nous est propre. Par là, le Saint-Esprit rend Jésus présent, par-delà le temps et l’espace.

 

- Le Saint-Esprit est celui qui plaide notre cause, comme un avocat en justice. Il est notre défenseur contre tous ceux qui nous accusent, qui nous veulent du mal ou qui nous incitent à faire le mal. Il est notre défenseur contre tout accusateur, et dans la Bible, le mot Accusateur désigne le Diable, Satan, l’adversaire, le diviseur, celui qui tente toujours de nous détourner de Dieu. Le Paraclet nous défend contre tout ce qui pourrait nous séparer de Jésus.

Le Paraclet est notre défenseur au besoin contre nous-mêmes, lorsque notre mauvaise conscience nous accuse ; il nous rappelle que « si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur » (1 Jean 3, 20), il nous rappelle que Dieu ne peut vouloir que notre bien, que rien ne peut nous séparer de son amour, qu’aucune accusation ne peut tenir devant lui.

- Le Saint-Esprit est celui qui habite nos cœurs pour accompagner toute notre vie chrétienne. Il nous donne un regard de foi pour nous aider à accueillir la Parole de Dieu, à reconnaître et à accueillir la Présence du Christ ressuscité, dans la Sainte Ecriture et dans les sacrements, mais aussi dans nos frères. Il illumine nos cœurs pour nous aider, jour après jour, à vivre des enseignements de Jésus, à agir à l’image de Jésus. Il demeure auprès de nous, il est en nous, il participe à notre vie intérieure, il nous transforme en profondeur, il change notre façon d’être.

Il nous fait entrer dans le mouvement de l’amour de Dieu, en témoignant que le combat de Jésus contre le mal a été gagné, que Jésus est vainqueur du Mal, que les ténèbres ont fait place à la lumière, que nous sommes désormais les enfants bien-aimés du Père en union avec son Fils Unique, Jésus mort et ressuscité et toujours vivant.

 

Le Paraclet, le Saint-Esprit, on ne le voit pas mais on le reconnaît à son action ; on peut le comparer à un souffle, comme le vent, qu’on ne voit pas mais qui fait pourtant bouger les feuilles des arbres. Après la Pentecôte, le Paraclet va métamorphoser les Apôtres et leur permettre de poursuivre l’œuvre de Jésus. C’est par le Saint-Esprit que Jésus, mort et ressuscité, continue à être présent et agissant dans le monde.

C’est la réalité que nous fêterons dans deux semaines, le jour de la Pentecôte.

 

            « Je ne vous laisserai pas orphelins », dit Jésus. C’est vrai, nous le savons : par l’Esprit-Saint, Jésus est toujours à l’œuvre dans nos vies et dans l’Église. Mais n’oublions pas cette condition que Jésus met au don de l’Esprit-Saint : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » ; et son commandement, il l’avait énoncé quelques instants plus tôt : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » (Jean 13, 34). L’amour que nous avons dans notre cœur est le signe, à la fois que nous sommes prêts à accueillir l’Esprit, et que nous l’avons déjà reçu.

 
 
 

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