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DIMANCHE 11 JANVIER 2026 Baptême du Seigneur . Année A Homélie sur Matthieu 3 , 13 - 17

Dans le désert de Judée, Jean-Baptiste proclame : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Matthieu 3, 2), et des foules viennent vers lui pour se faire baptiser « par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés » (Matthieu 3, 6). Parmi tous ces gens, Jésus arrive et il prend son tour dans la file d’attente pour se faire baptiser lui aussi.

 

            Qu’est-ce que ce rite de baptême que pratique Jean ? C’est un rite qui lui est propre, qu’il a peut-être institué lui-même, au point qu’il lui a valu son surnom de Baptiste, c’est-à-dire de baptiseur.

Des rites de purification par l’eau existaient dans la religion juive : certains étaient prescrits dans la Bible, et d’autres s’y étaient ajoutés plus récemment. On se lavait entièrement pour se purifier d’impuretés rituelles après une maladie (Lévitique 14, 8), après avoir été en contact avec un malade ou un mort (Nombres 19, 19), on se lavait la tête et les mains en rentrant du marché par crainte d’avoir contracté quelque impureté auprès des personnes rencontrées (Marc 7, 1-4), etc. Il s’agissait de se purifier d’impuretés matérielles, et c’était à renouveler à chaque fois qu’on en contractait une nouvelle.

Le baptême de Jean est totalement différent : il symbolise une purification spirituelle : le pécheur se lave de toutes ses souillures et les laisse au fond du fleuve, pour renaître à une vie nouvelle enfin libérée du péché. Et ce baptême n’est donc donné qu’une seule fois puisqu’il implique l’engagement de chaque personne à changer radicalement de vie. « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Matthieu 3, 2).

 

            Les Juifs comprennent bien que ce baptême de Jean est quelque chose de nouveau, et qui en réalité concurrence et discrédite les sacrifices offerts au Temple de Jérusalem pour le pardon des péchés ; aussi ils le mettent en question : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? » Jean leur répond : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale » (Jean 1, 25-27). 

Le baptême de Jean, comme toute sa prédication, ont pour but de préparer les foules à la venue du Messie, à la venue de Jésus ; et Jean annonce aussi un autre baptême : « Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu » (Matthieu 3, 11).

 

Aussi, quand Jésus se présente et demande à être baptisé à son tour, Jean est déconcerté, il « voulait l’en empêcher et disait : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! ». C’est le monde à l’envers ! Normalement, c’est au maître à baptiser le disciple, et pas l’inverse. Et en plus tu ne peux pas recevoir « un baptême de conversion pour le pardon des péchés » (Luc 3, 3) puisque tu n’as pas de péché : je t’ai moi-même désigné comme « l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde » (Jean 1, 29).

Alors, pourquoi Jésus veut-il être baptisé par Jean ? Sa réponse semble un peu énigmatique : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice ». De quelle justice s’agit-il ? Il ne s’agit pas de notre justice humaine, il s’agit de ce qui est juste aux yeux de Dieu, il s’agit de la volonté de Dieu : « Laisse-toi faire, parce que telle est la volonté de Dieu ». En répondant cela à Jean, Jésus montre qu’il est venu dans le monde pour faire la volonté de Celui qui l’a envoyé, pour accomplir tout ce que le Père lui demande. Jean-Baptiste le comprend parfaitement et il s’incline aussitôt, pour s’accorder lui aussi à la volonté de Dieu.

 

Mais nous, nous avons besoin qu’on nous explique un peu plus pourquoi c’est la volonté de Dieu, parce que cela ne paraît quand même pas évident d’emblée.

C’est vrai que Jésus n’a pas besoin du baptême de Jean, puisqu’il n’a pas de péché. Donc si le plan de Dieu demande qu’il soit baptisé, ce n’est pas pour lui-même mais c’est parce que cela fait partie de sa mission : c’est donc pour nous, et pas pour lui, que Jésus doit recevoir le baptême.

Le mystère de l’Incarnation, c'est que Jésus se fait homme parmi les hommes, il vient s'intégrer complètement à l'humanité. Lui, un homme sans péché, il se laisse traiter comme un pécheur pour porter sur ses épaules le poids des péchés de toute l’humanité (cf. 2 Corinthiens 5, 21 : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu »). C’est pour cela qu’aujourd’hui Jésus prend place dans la file d’attente du baptême de Jean : il se place parmi les pécheurs, à la tête des pécheurs, il épouse leur condition, il fait corps avec eux et avec leur misère. En arrivant au Jourdain, avant même de plonger dans l’eau, Jésus plonge d’abord au milieu des pécheurs.

 

Le plan de Dieu c’est que, pour pouvoir sauver l’humanité pécheresse, Jésus doit d’abord s’identifier aux hommes pécheurs ; mais cela implique que, réciproquement, nous, à notre tour, nous pouvons nous identifier à Jésus, et cela c’est extraordinaire !

La voix qui se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie », c’est nous-mêmes qu’elle désigne, le jour où nous recevons le baptême – le jour où nous l’avons reçu, il y a bien longtemps pour la plupart d’entre nous. L’Esprit de Dieu qui descend comme une colombe et vient sur Jésus, c’est sur nous aussi qu’il descend le jour de notre baptême. Les cieux qui s’ouvrent au-dessus de Jésus signifient que le Ciel, qui nous était fermé depuis le péché d’Adam, nous est à nouveau ouvert. A notre baptême, c’est à nous que Dieu dit : « Tu es mon fils bien-aimé, tu es ma fille bien-aimée », et c’est pour cela que nous pouvons appeler Dieu du nom de Père, « Abba, Père », comme Jésus lui-même (Marc 14, 36. Romains 8, 15. Galates 4, 6). 

 

Jésus a pris sur lui nos péchés et les a laissés au fond du Jourdain ; c’est pour nous, et pas pour lui, qu’il devait recevoir le baptême de Jean, c’est nous plus encore que lui qui avons été lavés au Jourdain.

Notre baptême à nous, le baptême chrétien, n’est pas le baptême de Jean, qui n’était qu’un signe de pénitence et de conversion, mais c’est le baptême de Jésus, qui nous lave réellement de nos péchés, de nos souillures. Lorsque l’eau bénite coule sur notre front, c’est dans le baptême de Jésus que nous sommes mystérieusement plongés.

C’est pourquoi chaque baptisé est appelé à marcher sur les traces de Jésus. Notre baptême ne peut pas rester une simple formalité, l’inscription sur un registre : il doit marquer un changement de vie, il est un engagement à suivre la volonté de Dieu, à suivre Jésus sur la voie qu’il nous a tracée. Et c’est l’Esprit-Saint que nous recevons en nous au baptême, qui manifeste que nous sommes enfants de Dieu en nous donnant la vie surnaturelle, c’est-à-dire cette puissance d’agir pour notre conversion, en nous donnant de transfigurer notre vie ordinaire pour en faire la vie d’un enfant de Dieu.

 

Alors, posons-nous la question : vivons-nous réellement en conformité avec notre baptême ? Que faisons-nous de notre dignité et de notre responsabilité de baptisés, de notre engagement à suivre Jésus ? Laissons-nous agir en nous cette toute puissance de vie et d’amour que Dieu lui-même a déposée en nous au jour de notre baptême ? Avons-nous seulement conscience de ce don inouï qui fait de nous des fils adoptifs, des cohéritiers de la vie divine avec Jésus pour frère ?

Tant que nous traînerons les pieds à la suite de Jésus, on peut répondre que non, malheureusement ! Alors, revenons au Jourdain avec Jésus, bien décidés à y laisser au fond de l’eau tous nos égoïsmes, notre orgueil, notre prétention à vivre à notre guise, notre violence et toutes nos impuretés. Revenons au Jourdain pour réentendre la voix du Père et nous renouveler au souffle de l’Esprit ; pour laisser agir l’Esprit reçu en nous le jour du baptême ; pour laisser notre vie s’animer d’un souffle nouveau qui est le souffle même de Dieu.

 
 
 

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