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DIMANCHE 1° MARS 2026 2° dimanche de Carême, année A Homélie sur Matthieu 17 , 1 – 9 : la Transfiguration

« Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! » C’est Pierre qui le dit à Jésus, nous venons de l’entendre. Et je reprends sa phrase : Frères et sœurs, il est bon que nous soyons ici ! Il est bon que nous soyons ici, réunis pour la messe du dimanche, réunis autour de Jésus qui nous rassemble.

 

Nous venons d’entendre l’Évangile de la Transfiguration. C’est un épisode si étonnant qu’il semble être comme une parenthèse au milieu de la vie publique de Jésus … alors qu’en réalité la Transfiguration est comme l’aboutissement de la prédication de Jésus. Comment cela ? On peut essayer de le comprendre en nous posant deux questions : qu’est-ce qui se passe réellement lors de la Transfiguration ? et pourquoi Jésus veut-il être transfiguré devant trois de ses Apôtres ?

 

Qu’est-ce qui se passe ? « Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière ».

En Jésus, Fils de Dieu venu parmi nous, la nature divine est comme cachée dans la nature humaine qu’il a assumée ; c’est pour cela que ses contemporains ne parviennent pas à le reconnaître pour ce qu’il est : ils ne voient que l’humanité (« N’est-il pas le fils du charpentier ? » Matthieu 13, 55). Pour reconnaître Jésus comme Dieu, il faut cette lumière qui vient de Dieu seul et qui s’appelle la foi. C’est ce qui est arrivé à Pierre, dans le passage qui précède immédiatement le nôtre dans l’évangile de Matthieu : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant… Heureux es-tu, Simon, fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est au cieux » (Matthieu 16, 16-17). Dans le passage d’aujourd’hui, Jésus laisse entrevoir, à travers son humanité, comme un éclat de sa gloire divine. « Transfiguré », c’est le mot français que nous employons, mais le texte grec de l’Évangile dit « métamorphosé », c’est-à-dire, en décalquant en latin le mot grec, « transformé ». Jésus ne change pas de figure, il change de forme. La forme divine de Jésus se manifeste à l’intérieur de sa forme humaine. C’est tout le mystère de la personne de Jésus.

Jésus se révèle donc, visiblement, comme le Fils de Dieu. Et cette révélation est authentifiée par la présence de Moïse et d’Élie et par la voix du Père.

Moïse qui, sur le mont Horeb, avait reçu la révélation du Nom divin ; Élie à qui, sur le mot Horeb aussi, Dieu s’était révélé dans le souffle d’une brise légère ; Moïse et Élie qui tous deux avaient parlé de Jésus. Et la voix du Père qui reprend ce qu’elle avait déjà déclaré lors du baptême de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »

 

Seconde question : pourquoi Jésus veut-il être transfiguré devant trois de ses Apôtres ?

Depuis quelque temps déjà Jésus annonce à ses Apôtres qu’il lui faut aller vers Jérusalem, y souffrir, y mourir et ressusciter. Les Apôtres ne comprennent pas, et Jésus le sait bien. Alors, sachant combien ils vont être éprouvés, il veut les fortifier à l’avance contre le scandale que représentera pour eux la Passion et la mort sur la Croix : il choisit les trois qui sont les plus proches de lui, ceux qu’il prendra aussi avec lui à Gethsémani, et il leur laisse entrevoir l’éclat sa divinité.

 

Cette explication est vraie bien sûr, mais s’il n’y avait que cela, la Transfiguration ne serait que le rappel d’un événement passé, qui ne nous concerne pas directement. Or la Transfiguration nous concerne, et c’est pour cela que l’Église nous fait entendre cet Évangile aujourd’hui, pendant le Carême, alors qu’il existe déjà une fête de la Transfiguration, le 6 août.

Regardons de plus près ce qui arrive aux Apôtres. Tandis que Pierre, qui est souvent un peu à côté de la plaque, veut dresser trois tentes (« une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie »), la nuée les recouvre tous, les enveloppe comme sous une seule tente. C’est-à-dire que l’Esprit les envahit et, en quelque sorte sous la même tente que Jésus, ils ne font plus qu’un avec Jésus : ils entrent dans la divinité. D’où leur crainte, qui les fait tomber la face contre terre : c’est l’effroi face à la présence de Dieu, comme celui qui saisissait Moïse quand il était face à Dieu au Sinaï (Exode 3, 6). Et Jésus leur dit : « Relevez-vous », en utilisant, dans le texte grec de l’Évangile, le même mot exactement que celui qu’il emploie, quelques instants plus tard, pour la résurrection (« Relevez-vous … Ne parlez de cette vision à personne avant que le Fils de l’homme soit ressuscité (se soit relevé) d’entre les morts. »). Pierre, Jacques et Jean sont touchés et comme saisis par la forme divine de Jésus, et ils en sont eux-mêmes transformés, comme par une anticipation de résurrection.

 

En dévoilant ce qu’il est et en attirant à lui ses Apôtres, Jésus entend leur montrer ce à quoi il les destine ; et il entend nous montrer ce qu’il veut que nous soyons, nous aussi, parce que cette belle histoire n’est pas réservée à Pierre, Jacques et Jean. La Transfiguration, la métamorphose, la transformation n’est pas seulement pour Jésus, ni même pour les Apôtres, elle est aussi pour nous. Le projet de Dieu sur l’homme, c’est de le faire participer à sa propre vie divine ; c’est ainsi que l’homme a été créé à l’origine, c’est cela que lui a fait perdre le péché originel, c’est cela que Jésus vient lui redonner : que nous soyons transformés par le don de sa vie, par la grâce. L’effet du mystère pascal que Jésus va vivre et auquel il essaie de préparer ses Apôtres, c’est notre transformation par le don de la vie divine. Par le baptême, la vie divine vient prendre forme en nous, et par la grâce, nous sommes nous aussi transformés, métamorphosés … mais, évidemment, cela ne se voit pas. Et parce que cela ne se voit pas, nous sommes habituellement incapables, comme c’était le cas pour les contemporains de Jésus, incapables de discerner la présence de la vie divine chez nos frères.

 

 « En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne ». Nous aussi, Jésus nous emmène sur une haute montagne. Symboliquement, bien sûr, nous avons quitté la plaine du monde pour nous élever jusqu’au monastère : s’éloigner du tohu-bohu du monde pour venir participer à la messe, c’est s’élever sur une haute montagne. Comme dans cet épisode de l’Évangile, c’est Jésus qui nous a entraînés ; il nous précède, nous marchons à sa suite. Et que va-t-il se passer ? Il va se rendre présent, réellement présent, par l’Eucharistie. Dans l’Eucharistie, on dit que les apparences du pain et du vin demeurent, et que c’est leur substance qui est changée. Le pain et le vin sont transformés en le corps et le sang de Jésus. Nous allons recevoir le corps et le sang de Jésus. Quand nous les absorberons, les espèces eucharistiques seront changées en nous, mais c’est surtout nous qui serons changés en elles, changés en Jésus. En communiant, nous sommes transformés en ce que nous recevons, nous sommes transformés en Jésus, nous devenons davantage le Christ. L’Eucharistie nous conforme au Christ, à chaque fois un peu davantage. Voilà la transformation, la métamorphose, la transfiguration qu’opère l’Eucharistie aujourd’hui, par la grâce de l’Esprit-Saint. Oh, bien sûr, cela ne se voit pas, nous n’aurons pas un autre visage en sortant de la messe ; mais intérieurement, notre configuration à Jésus sera approfondie. Notre transfiguration ne sera totale que lorsque nous parviendrons au Ciel, lorsque « nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est » (1 Jean 3, 2), mais elle commence déjà ici-bas, même si cela ne se voit pas. En révélant ce à quoi nous sommes appelés, la lumière de la Transfiguration nous fait voir aussi ce que nous sommes déjà : des enfants de Dieu, des fils de lumière.

 

Alors, le but du Carême, ce n’est pas d’abord de nous faire perdre quelques kilos par le jeûne et d’alléger notre portefeuille par l’aumône. Tout cela c’est très bien et c’est nécessaire ; mais le but premier du Carême c’est d’abord de nous transfigurer, de nous faire devenir lumineux comme Jésus. Est-ce que j’exagère ? Pas du tout ! Jésus lui-même l’avait dit explicitement : « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » (Matthieu 13, 43) ; et saint Paul lui aussi nous en parle : « Nous reflétons la gloire du Seigneur, et nous sommes transformés (métamorphosés) en son image avec une gloire de plus en plus grande, par l’action du Seigneur qui est Esprit » (2 Corinthiens 3, 18).

 

Alors, frères et sœurs, êtes-vous lumineux ? Au moins un petit peu ? Etes-vous résolus à laisser la grâce faire la lumière dans votre vie, en rejetant toute œuvre des ténèbres qui pourrait subsister en vous ? Le Carême n’est pas seulement un chemin de pénitence : il est un chemin de lumière ou, mieux, de conversion à la lumière.

Et si nous sommes devenus lumineux, nous pouvons comprendre que c’est à nous aussi que s’adresse aujourd’hui la voix du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »

 
 
 

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