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DIMANCHE 15 MARS 2026 4° dimanche de Carême, année A Jean 9, 1 – 41 : guérison d’un aveugle de naissance

Dans cette guérison de l’aveugle, qui s’étend sur 41 versets de l’Évangile, la guérison proprement dite n’occupe que deux versets. C’est le signe que l’intérêt principal du récit n’est pas dans la guérison elle-même, mais se situe ailleurs.

        

L’un des grands centres d’intérêt du récit, c’est l’aventure intérieure de l’aveugle, une aventure qui se rapproche beaucoup de celle de la Samaritaine que nous entendions dimanche dernier : leur itinéraire est le même, c’est le cheminement du croyant, c’est l’apparition et le développement de la foi dans le cœur de l’homme.

 

Au départ, l’aveugle est passif : Jésus vient à lui alors qu’il ne demandait rien. Jésus fait sur lui des gestes de guérisseur, qu’il ne comprend peut-être pas très bien. Cependant il devient actif quand il accepte d’aller à la piscine de Siloé, faisant déjà preuve d’une grande confiance à l’égard de Jésus qu’il ne connaît pas encore. Ce n’est pas encore la foi, mais c’est un pas dans la bonne direction. La foi, c’est d’abord une affaire de confiance.

Seconde étape vers la foi : il prend la parole pour raconter ce qui s’est passé. D’une certaine manière, il est déjà témoin, sa foi en train de naître comporte déjà cette dimension dont il ne se départira plus. La foi, c’est une lumière que l’on reçoit « et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison » (Matthieu 5, 15).

Troisième étape : il n’entre pas dans le jeu des Pharisiens, il est indifférent à leur discussion à propos du sabbat. Pour lui c’est simple, sa guérison extraordinaire ne peut venir que de Dieu : « C’est un prophète ». Cheminer vers la foi, c’est être capable de reconnaître les signes que Dieu nous donne au cœur de notre vie.

Quatrième étape : il n’a pas peur de la controverse avec les Pharisiens, et s’y engage de façon mordante : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? ». Il n’hésite pas à prendre le risque de se faire rejeter : « Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ». Cheminer vers la foi, c’est oser parler, quoi qu’il en coûte.

Cinquième et dernière étape : l’aveugle va de nouveau rencontrer Jésus. Il a été exclu par les autorités juives, mais Jésus va l’intégrer dans le peuple nouveau de ses disciples. Pour cela, il le fait accéder à la foi complète : « Crois-tu au Fils de l’homme ? … Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? … Tu le vois, et c’est lui qui te parle … Je crois, Seigneur ». Et l’aveugle se prosterne, c’est-à-dire qu’il reconnaît la divinité de Jésus. Pour arriver à la plénitude de la foi, il faut faire une rencontre personnelle avec le Dieu vivant, une rencontre personnelle avec Jésus.

 

         Dans tout ce cheminement, au contraire de celui de la Samaritaine, Jésus n’intervient que très peu : au début, pour lancer le processus, et à la fin, pour valider le résultat, si on peut dire ; mais entre les deux il n’est pas présent dans les discussions interminables qui jalonnent le parcours avec les rebondissements d’une enquête policière : il laisse chacun se prononcer et s’exprimer en toute liberté.

Pour nous aussi, il en va de même. Dieu nous a créés au premier jour, il nous attend au dernier jour, et entre ce commencement, qui vient de lui, où nos yeux ont été ouverts à la vie, et cette fin, qui va vers lui, où nos yeux s’ouvriront sur la Vie éternelle, nous avançons en toute liberté, par le chemin qui nous plaît. Jésus n’intervient pas, ou semble ne pas intervenir. En réalité il reste parfaitement présent, mais dans l’arrière-plan, comme invisible. « Ils lui dirent : Et lui, où est-il ? Il répondit : Je ne sais pas … Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois ». C’est la lumière de la foi qui nous fait comprendre comment Jésus peut être à la fois présent et absent.

L’homme aveugle de naissance représente donc chaque homme, dans sa démarche de foi qui le conduit vers Jésus.

Mais l’homme aveugle de naissance symbolise aussi toute l’humanité, l’humanité souvent aveuglée par toutes sortes de choses qui nous font nous éloigner des chemins de Dieu : l’argent et les biens matériels superflus, nos habitudes et notre confort, notre orgueil, nos idées toutes faites et nos préjugés, etc. L’homme du récit est « aveugle de naissance », εκ γενετης, dit saint Jean : depuis la naissance, depuis l’origine, ou depuis la Genèse, puisque c’est effectivement depuis le péché de nos premiers parents, dans le livre de la Genèse, que l’humanité se débat dans les ténèbres ; et c’est de cet aveuglement que Jésus veut nous guérir.

L’aveugle représente tous les hommes qui ont besoin d’une intervention de Dieu pour le connaître, qui ont besoin d’une rencontre personnelle avec Jésus pour passer des ténèbres à la lumière, pour que leurs yeux, d’abord ouverts sur la lumière du monde, s’ouvrent à la lumière de Dieu. On retrouve là, comme bien souvent chez saint Jean, la symbolique de la lumière et des ténèbres.

« Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde », dit saint Jean (Jean 1, 9), et les hommes qui croient en lui passent des ténèbres à la lumière. La lumière est symbole de la connaissance et de la foi, tandis que les ténèbres symbolisent l’ignorance et l’incrédulité. Ainsi l’aveugle, par la confiance qu’il accorde à Jésus, accède d’abord à la vision matérielle puis à la vision spirituelle de la foi. Les Pharisiens au contraire, eux qui pensent bien connaître Dieu, sont déclarés aveugles parce que leur orgueil les empêche de voir, les empêche de reconnaître en Jésus l’envoyé de Dieu. L’aveuglement véritable se situe chez ceux dont l’intelligence est verrouillée par leur orgueil et leurs préjugés : ils ne peuvent pas recevoir le don de la vue puisqu’ils prétendent l’avoir déjà !

 

         Le Carême est un temps de privations, mais surtout un temps d’intériorisation, et il devrait être un temps fort d’accueil, d’accueil de la lumière de Dieu, de cette lumière qui est le Christ, le Christ qui est venu pour que tous les aveugles retrouvent la vue.

         Alors, prions le Seigneur d’ouvrir nos yeux et d’ouvrir nos cœurs à sa lumière, pour que nous sachions le reconnaître, le reconnaître à la fois lorsqu’il est présent, notamment dans l’Eucharistie et dans nos frères, et le reconnaître aussi lorsque, comme il l’a fait avec l’aveugle guéri, il semble s’éloigner et nous laisser seuls.

 
 
 

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