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DIMANCHE 17 AOÛT 2025 20° dimanche ordinaire, année C Homélie sur Luc 12 , 49 – 53 « Je suis venu apporter un feu sur la terre »


« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division ». Elle est déconcertante, n'est-ce pas, cette parole de Jésus ?

Les prophètes annoncent que le Messie sera le « Prince de la Paix » (Isaïe 9, 5), les anges à sa naissance chantent « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime » (Luc 2, 14), Jésus lui-même proclame : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (Jean 14, 27), « Heureux les artisans de paix » (Matthieu 5, 9) … et voilà maintenant qu'il déclare : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division ».

Alors, comment comprendre ?



D'abord, de quelle paix Jésus veut-il parler ?


Est-ce que c'est l'absence de conflits qui suffirait à établir la paix, la vraie paix ?

Si les premiers chrétiens avaient cherché à éviter les conflits, ils auraient accepté d'adorer l'empereur romain comme un dieu, et alors ils n'auraient pas été persécutés, et l'Eglise aurait connu la paix. L'Eglise aurait connu la paix, oui, mais est-ce que c'est cette paix-là que Jésus voulait pour elle ? Une paix qui consisterait à fuir les conflits, à arrondir tous les angles pour nous conformer au monde qui nous entoure, à gommer finalement tout ce qui pourrait être dérangeant dans l'Evangile, est-ce que c'est cela la paix que Jésus veut pour nous ?


Cette paix-là, cette fausse paix-là, c'est pour la préserver que certains, chrétiens ou non, n'ont pas voulu autrefois protester contre le nazisme, que d'autres ensuite ont voulu pactiser avec le communisme. C'est au nom de cette paix-là, pour ne se fâcher avec personne, que certains aujourd’hui s’accommoderaient bien de l'avortement, de l’euthanasie, de l'idéologie du genre, ou flattent les islamistes. Mais est-ce que c'est cette paix-là que Jésus veut pour nous ?


Cette paix confortable, cette tranquillité facile et tiède, qui nous installe en fait dans la médiocrité, elle provient seulement des accommodements que recherche notre égoïsme, elle provient seulement du désir de ne pas nous attirer des ennuis, de ne pas troubler notre tranquillité. Et c'est précisément cette paix-là que Jésus n'est pas venu nous apporter.



Bien au contraire : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, dit Jésus, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » C'est un feu que Jésus est venu apporter, ce n'est pas de l'eau bénite ! « Vous êtes le sel de la terre … vous êtes la lumière du monde », nous dit aussi Jésus (Matthieu 5, 13-14). Vous êtes le sel, et pas la confiture ! Le sel, il donne de la saveur aux aliments, mais aussi il brûle quand on le pose sur une blessure.

Jésus nous appelle à être « le sel de la terre », et donc à ne pas affadir le message de l'Evangile ; il nous appelle à être « la lumière du monde », et donc à combattre contre toutes les formes de ténèbres qui existent dans l'homme et dans la société.


« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division ». Jésus ne cherche pas à allumer des discordes, mais il les provoque nécessairement par les exigences de l'Evangile, par les choix que doivent poser les croyants. Comme Jésus lui-même, l'Eglise et les chrétiens sont dans le monde un « signe de contradiction » (Luc 2, 34), ils sont un ferment de provocation, de division, de conflits, simplement parce qu'ils poussent l'humanité à se convertir.

Les chrétiens sont toujours appelés à faire et à refaire des choix pour rester fidèles au Seigneur, pour orienter et réorienter leur vie sur le chemin tracé par Jésus. Et ces choix, ils créeront forcément des conflits avec ceux qui ne suivent pas Jésus. Ils créeront aussi des conflits avec ceux qui suivent Jésus, mais qui pourtant reculent devant des vérités trop dures, avec ceux qui sont tentés de chloroformer l'Evangile pour le rendre moins exigeant.



L'Eglise appelle le monde à se convertir : c'est donc normal que le monde y oppose des résistances. Mais l'Eglise appelle aussi chaque chrétien à se convertir, et cela provoque aussi des résistances intérieures en chacun de nous. Nous nous trouvons tiraillés entre ce que nous sommes et ce que nous voudrions être, entre nos penchants spontanés et notre fidélité à Jésus. Pour suivre Jésus, nous avons à nous convertir, nous avons à nous transformer, et cela c'est un combat véritable, un combat qui peut revêtir diverses formes, depuis la simple insatisfaction de nous-même jusqu'à un véritable déchirement intérieur.

« Je suis venu apporter un feu sur la terre », dit Jésus. Ce feu, il brûle en chacun de nous et il nous divise intérieurement tant qu'il n'a pas achevé de consumer tout ce qui doit l'être, tant qu'il ne nous a pas purifiés et transformés en un homme nouveau.



Les tiraillements intérieurs que nous connaissons tous, il est inévitable qu'ils aient des retentissements autour de nous. Tout groupe de personnes connaîtra forcément des divisions en son sein, et les chrétiens eux-mêmes peuvent parfois se diviser entre eux au nom de Dieu. Et souvent, personne n'en est coupable, c'est plus profond que cela. Même avec les meilleures intentions du monde, les hommes en voie de purification par le feu intérieur allumé par Jésus, doivent à certains moments faire l'expérience de leur séparation, de leur division, de leur antagonisme. Notre purification, elle est en cours, elle se développe en chacun d'une façon qui lui est propre, si bien que tout groupe humain devra nécessairement affronter des tensions et des conflits analogues à ceux qui sont vécus par chacun.


« Désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère ».


C'est bien cela : même parmi ceux qui sont les plus proches, même parmi ceux qui suivent fidèlement Jésus, des divisions, des tensions et des conflits peuvent exister, qu'il y ait ou non faute des uns ou des autres. C'est que le feu apporté par Jésus n'a pas encore fini de nous purifier, ne nous a pas encore libérés de nos incapacités d'aimer. C'est vrai dans les familles, c'est vrai dans les communautés de moines ou de moniales, c'est même vrai aussi chez les saints. Jésus lui-même est passé par là, Jésus lui-même a connu le déchirement de n'être pas compris, d'être rejeté, d'être trahi, d'être mis à mort.



Mais les déchirements que Jésus est venu provoquer, et dont nous faisons si souvent l'expérience, ils ne sont pas là pour nous détruire, mais pour nous sauver. En réalité, ils peuvent nous apporter la paix, la vraie paix.

Les divisions, les difficultés, les combats que nous connaissons, ils sont une souffrance, mais ils ne sont pas pour autant des échecs. Ils ne seront des échecs que si nous nous en rendons complices par nos péchés.

Au contraire, ces déchirements doivent être un chemin de purification qui nous rapproche de Dieu. Dieu nous a faits pour lui, et c'est seulement en Dieu que notre âme trouvera la paix véritable. Notre âme ne trouvera pas la paix tant qu'elle restera prisonnière d'elle-même. Et justement le feu apporté par Jésus vient bousculer notre âme pour l'empêcher de se satisfaire d'elle-même ; le feu apporté par Jésus vient bousculer notre âme pour la libérer de toutes ses infidélités, de toutes ses médiocrités, et la conformer davantage à Dieu en profondeur. Alors, laissons-nous bousculer !

Lorsque le fond de notre âme sera en union avec la volonté de Dieu, alors nos combats, intérieurs ou extérieurs, ne seront plus que des troubles de surface, qui pourront nous faire souffrir, mais qui ne pourront pas atteindre notre paix profonde.



Au cœur même des conflits que nous traversons, gardons « les yeux fixés sur Jésus » (Hébreux 12, 2 : 2° lecture) qui nous a précédés, attachons-nous à Jésus de toutes nos forces, et Jésus nous fera partager sa paix et sa joie, celles que personne ne pourra plus nous enlever (cf. Jean 16, 22.33).

« Je suis venu apporter un feu sur la terre, dit Jésus, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » Ce feu, si nous savons le traverser en union avec Jésus, en union avec la volonté de Dieu, il ne nous détruira pas, non, il est une purification destinée à séparer dans notre cœur ce qui est amour véritable et ce qui est scorie ; il est une purification destinée à nous conformer davantage à l'image de Jésus. Alors, n'ayons pas peur de brûler de ce feu que Jésus est venu apporter !


 
 
 

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