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DIMANCHE 17 MAI 2026 7° Dimanche de Pâques. Année A Homélie sur Actes 1 , 12-14 « d’un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière »

Tous les dimanches du Temps Pascal, nous entendons à la messe la lecture des Actes des Apôtres. Les Actes des Apôtres, c’est la chronique de la première communauté chrétienne, de la première génération des chrétiens, c’est-à-dire les débuts de l’Eglise après la résurrection de Jésus. Cela n’offre pas seulement un intérêt historique ou anecdotique, mais cela a une valeur d’exemple, car ce qu’a vécu la première communauté chrétienne est un repère et un modèle pour l’Eglise et pour les chrétiens de tous les temps. C’est particulièrement vrai pour le passage que nous entendions tout à l’heure.

 

« Les Apôtres, après avoir vu Jésus s’en aller vers le ciel, retournèrent à Jérusalem … À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement ; c’était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques. Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères ».

 

Nous sommes juste après l’Ascension. Les disciples, selon la promesse de Jésus, attendent la Pentecôte, c’est-à-dire l’arrivée de l’Esprit-Saint, et s’y préparent par la prière.

 

 

« Les Apôtres, après avoir vu Jésus s’en aller vers le ciel, retournèrent à Jérusalem ». L’Eglise, qui va naître le jour de la Pentecôte, c’est à Jérusalem qu’elle va naître. Le salut vient de Jérusalem, parce que l’Eglise est enracinée dans le peuple juif : il n’y a pas d’opposition, pas même de rupture entre la foi juive et la foi chrétienne. La Révélation que Dieu a faite de lui-même au peuple juif, l’Alliance qu’il a conclue avec lui depuis Abraham et Moïse, Jésus ne les a pas supprimées : il les a seulement complétées et élargies. Par Jésus, l’alliance que Dieu avait faite d’abord avec Abraham, il l’a étendue à tous les peuples. Nous, chrétiens, nous sommes nous aussi les fils d’Abraham.

 

 

« C’était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques ». Tous les Apôtres de Jésus sont énumérés, « avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères ». De même qu’il y a continuité entre le peuple juif et le peuple chrétien, il y a continuité entre le temps de Jésus et le temps de l’Eglise, on ne peut pas les dissocier : les mêmes personnes sont là, qui assurent le lien.

Vous connaissez la phrase ironique et malveillante d’un théologien névrosé ou grincheux : « Jésus annonçait le Royaume, et c’est l’Eglise qui est venue » (sous-entendu : quelle déception !) (Loisy, 1902). Eh bien, oui ! c’est l’Eglise qui est arrivée, parce que l’Eglise c’est déjà d’une certaine façon le Royaume de Dieu : le Royaume de Dieu non pas achevé mais en croissance. C’est bien ce qu’annonçait Jésus : « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé » (Matthieu 13, 33). L’Eglise, c’est le Royaume de Dieu en train de lever, en train de se construire, en train de grandir. L’Eglise, c’est le mode de présence de Jésus parmi nous après l’Ascension ; l’Eglise, c’est Jésus continué.

Ce jour-là, à vrai dire, l’Eglise n’était pas encore née, puisqu’elle ne naîtra vraiment que le jour de la Pentecôte, mais cette réunion de tous les croyants autour de Pierre, Jean, Jacques, André et tous les Apôtres, a un sens profond. On ne peut être véritablement croyant, fidèle à Jésus, que dans une communauté, et une communauté groupée autour des Apôtres. Il ne peut y avoir de véritables chrétiens qu’unis à une communauté, et il ne peut exister de véritable communauté chrétienne que dans la communion au Pape, successeur de Pierre, et aux évêques, successeurs des Apôtres.

Tout ce qui risquerait d’affaiblir notre attachement à l’Eglise, c’est-à-dire à la communauté groupée autour du Pape et des évêques, affaiblirait du même coup notre union à Jésus. Si on se fabrique une religiosité personnelle selon nos convenances, ou bien si on adhère à un groupe qui se démarque plus ou moins de l’Eglise, c’est notre union à Jésus qui est en danger.

Voilà pourquoi il est si important d’aimer l’Eglise et de lui être attachés, comme à la présence de Jésus parmi nous, comme au corps en-dehors duquel nous ne pourrions pas vivre.

 

 

« Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères ». Quelle est la première activité des croyants réunis autour des Apôtres ? C’est la prière. C’est une grande leçon. Les Actes des Apôtres nous décriront longuement tous les travaux d’évangélisation de la première génération chrétienne, et toutes leurs œuvres d’assistance aux pauvres ; tout cela viendra en son temps, c’est-à-dire après la Pentecôte, après le don de l’Esprit Saint. Mais le préalable à tout activité, c’est la prière, et spécialement la prière en communauté dans les assemblées de l’Eglise. L’unanimité d’une prière faite ensemble lui confère une valeur plus grande aux yeux du Seigneur : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » (Matthieu 18, 20), disait Jésus.

            C’est d’ailleurs là le sens de notre vie de moines et de moniales. Tous les jours, et sept fois par jour, nous nous réunissons dans notre église pour y chanter l’office, au nom de toute l’Eglise. C’est cela qui donne leur sens et leur valeur à toutes nos autres activités, et à toute notre vie, et c’est cela notre rôle dans l’Eglise.

Quel est donc le plus important dans une vie chrétienne, ou dans notre vie tout court ? Eh bien, c’est la prière. Pas forcément le plus important par le temps qu’on y consacre, mais le plus important comme activité préalable à toutes les autres, comme ce qui permet d’orienter tout le reste, de l’orienter en le maintenant tourné vers Dieu et en lien avec Dieu.

Voilà pourquoi il est si important d’aimer la prière et d’y être fidèle.

 

 

« Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères ». Qui signale-t-on, parmi les premiers croyants ? « des femmes ». Nous savons par l’Evangile le rôle important mais discret que tenaient les femmes autour de Jésus (le même rôle, d’ailleurs, qu’elles ont tenu dans l’Eglise à toutes les époques), et nous connaissons les noms de plusieurs : « Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé » (Marc 15, 40). Les « frères » de Jésus, ce sont ses proches parents, puisqu’à l’époque le même mot signifie à la fois frère et cousin. Parmi eux nous connaissons les noms de « Jacques, Joseph, Simon et Jude » (Matthieu 13, 55 ; cf. Galates 1, 19).

Mais surtout il y a « Marie la mère de Jésus ». Ce n’est pas par hasard que Marie est ici : elle veille sur les débuts de l’Eglise, elle se penche sur le berceau de l’Eglise comme à Bethléem elle se penchait sur le berceau de Jésus. Elle est mère de Jésus, et elle est aussi Mère de l’Eglise : c’est l’un des titres sous lesquels nous l’invoquons. Marie a un rôle privilégié pour nous apprendre à orienter nos âmes vers Dieu par la prière. C’est elle qui nous a donné Jésus dans la crèche, c’est elle qui saura le mieux nous conduire à lui dans la prière.

Voilà pourquoi il est si important d’aimer Marie, d’aimer la prier et de lui faire confiance comme à notre mère.

 

 

L’attitude de la première communauté chrétienne est vraiment un modèle pour nous. Nous y trouvons l’attachement à l’Eglise, la prière, et la présence de Marie. Ce sont les fondements de toute vie chrétienne authentique : s’ils sont bien assurés, tout le reste se mettra en place, et notre vie chrétienne sera bien équilibrée. A nous maintenant d’y être fidèles. Amen.

 
 
 

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