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DIMANCHE 21 DÉCEMBRE 2025 4° dimanche de l' Avent, année A Matthieu 1, 18–24 : la visite de l'ange à Joseph

« Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d'Emmanuel, qui se traduit : 'Dieu-avec-nous' ».

L'évangéliste saint Matthieu rapporte cet oracle du prophète Isaïe, que nous entendions dans la première lecture, pour l'appliquer à la naissance virginale de Jésus, engendré en Marie par l'action de l'Esprit-Saint.

Pour bien comprendre cet oracle d’Isaïe, regardons un peu ce qu'est une prophétie, comment il faut comprendre une prophétie.

 

Une prophétie est une parole que prononce un prophète, c'est-à-dire un homme qui parle sous l'inspiration du Saint-Esprit. Une prophétie est un message adressé par Dieu à son peuple. Et un message qui doit se comprendre parfois à plusieurs niveaux.

Une prophétie s'inscrit souvent dans l'histoire contemporaine, et son premier sens se rapporte alors à l'actualité. Dans notre cas le prophète Isaïe s'adresse à Acaz, le roi de Jérusalem, qui se trouvait dans une situation tragique, attaqué par les rois de Damas et de Samarie. Isaïe, de la part de Dieu, lui donne un signe d'espérance, signe fragile puisqu'il ne s'agit que de la naissance d'un enfant, l'héritier du trône, celui qui sera le futur roi Ezéchias, mais signe porteur d'une espérance forte car Dieu sera avec cet enfant. « Voici que la vierge (l'épouse du roi Acaz) est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous) ». Dieu sera avec cet enfant, donc l'avenir de Jérusalem est assuré, le salut est assuré pour le peuple juif. Voilà le sens immédiat de la prophétie.

Mais plus tard, sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, le peuple juif relit cette prophétie et l'applique au salut véritable qu'il attend. Il ne s'agit plus de la naissance d'Ezéchias, qui a effectivement été un très grand roi mais qui n'a assuré qu'un salut provisoire : il s'agit maintenant de la venue d'un Messie, qui doit assurer le salut définitif du peuple juif. Cet oracle d'Isaïe devient donc l'un des grands textes qui soutiendront l'espérance d'Israël en annonçant la venue du Messie, dont le roi Ezéchias n'était qu'une préfiguration.

Plus tard encore, toujours sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, cette attente de la venue du Messie se précise. On le voit lorsque, au III° siècle av. J.C., des savants juifs traduisent la Bible en grec, à l'intention des nombreux Juifs dispersés à l'étranger qui ne connaissent plus l'hébreu. Le texte hébreu d’Isaïe pourrait se comprendre aussi bien « voici que la vierge est enceinte » que « voici que la jeune femme est enceinte », parce que le terme hébreu « alma » signifie aussi bien « jeune fille » que « jeune femme sans enfant » ; mais les savants juifs traduisent « voici que la Vierge concevra », avec le terme grec « parthenos » qui signifie sans équivoque « vierge ». Cela montre que dès le III° siècle, dans certains milieux juifs au moins, on attend que le Messie naisse d'une vierge. C'est le plan de Dieu qui commence à se laisser entrevoir.

En citant le prophète Isaïe selon le texte grec officiel, l'évangéliste saint Matthieu adopte et confirme donc cette interprétation d'Isaïe « voici que la Vierge concevra ».

 

On constate donc que le peuple juif a progressé dans sa compréhension de la prophétie d'Isaïe : elle désigne d'abord le fils du roi Acaz, puis le Messie, puis le Messie né d'une vierge. Mais le progrès dans la Révélation ne s'arrête pas là.

Vous avez certainement remarqué un détail embarrassant dans la prophétie. Isaïe avait annoncé : « on l'appellera Emmanuel », mais l'ange dit à Joseph : « tu lui donneras le nom de Jésus ». Alors, Emmanuel ou Jésus ? Comment Jésus pourrait-il être le Messie s'il ne porte pas le nom d'Emmanuel annoncé par Isaïe ?

L'oracle d'Isaïe avait pris soin de donner le sens du nom Emmanuel : « Dieu-avec-nous », et l'ange prend soin de donner le sens du nom Jésus : « Le-Seigneur-sauve ». Cela signifie que ce qui compte c'est le sens du nom que portera le Messie, plus que la forme exacte de ce nom. Ce qui compte c'est le sens du nom, car le nom exprime la mission : le Messie vient pour accomplir ce que signifie son nom. Et les deux noms, Emmanuel et Jésus, ont bien le même sens : si Dieu est avec nous, c'est pour nous sauver, c'est pour sauver son peuple.

Emmanuel ou Jésus, c'est donc équivalent. Équivalent ? Pas tout à fait quand même … Le Messie s'appellera Jésus plutôt qu'Emmanuel, et ce n'est pas par hasard, car cela marque un nouveau progrès de la Révélation, cela dévoile un peu plus le rôle véritable du Messie.

« Tu lui donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés », dit l'ange. Cela, c'est une annonce révolutionnaire. Jusque-là on attendait bien un Messie qui soit un sauveur, un libérateur de son peuple, mais on l'attendait comme un chef de guerre et un chef politique, car la libération qu'on espérait c'était la victoire sur les Philistins, la libération de la menace des Assyriens ou de la captivité à Babylone, la libération de la domination des Grecs ou des Romains. Or avec Jésus arrive une libération toute différente : « c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ».

Cette simple phrase est révolutionnaire car elle contient déjà la nouveauté de l’Évangile : le mal véritable, ce n'est pas la guerre, la famine, l'oppression ou la captivité, le mal véritable c'est le péché. Le salut véritable c'est donc la libération du péché, et cette libération c'est Jésus qui nous l'apporte, en nous rétablissant dans l'amitié de Dieu et en nous ouvrant le chemin du Ciel. C'est déjà là le message de l’Évangile. Il paraît révolutionnaire parce qu'il paraît se dévoiler d'un coup, brutalement, mais pourtant il était préparé par tout l'Ancien Testament : les deux mille ans d'histoire du peuple juif n'étaient qu'une longue pédagogie par laquelle Dieu le préparait à passer du plan matériel au plan spirituel. Cette préparation progressive, tous ne l'ont pas encore comprise, mais certains parmi les Juifs l'ont comprise, et ceux-là sont prêts à accueillir l'enseignement de Jésus, prêts à accueillir l’Évangile.

 

Pourquoi saint Matthieu attache-t-il autant d'importance à relier la naissance de Jésus à la prophétie d'Isaïe ? C'est que saint Matthieu est Juif, et il écrit pour des chrétiens d'origine juive, à qui il est important de montrer que Jésus est inséré dans l'histoire d'Israël, que Jésus est bien le Messie attendu par le peuple juif, qu'il accomplit les prophéties et mène à son achèvement l'histoire du salut commencée avec Abraham.

 

C'est pour cette raison aussi que, dans l’Évangile d'aujourd'hui, saint Matthieu rapporte la visite de l'ange à Joseph : pour souligner l'accomplissement des prophéties. Les prophètes avaient annoncé que le Messie serait un descendant du roi David, c'est pourquoi l'ange s'adresse d'emblée à Joseph : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse ».

Mais là nous rencontrons une autre difficulté. Joseph est bien de la lignée du roi David, oui, mais Joseph n'est que le père adoptif de Jésus. Alors, comment pourrait-t-on dire en vérité que Jésus descend de David ?

C'est une difficulté pour nous, mais cela n'en était pas une pour les Juifs. Pour eux, la filiation s'établit toujours par les hommes, pas par les femmes. Pour que son peuple reconnaisse Jésus comme « fils de David », il suffit qu'il le reconnaisse juridiquement comme le fils d'un homme qui est un descendant de David.

La mission que l'ange confie à Joseph est donc double :

Première mission : « ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse ». Joseph sera véritablement l'époux de Marie, même si ce n'est pas d'une manière charnelle. Il s'agit d'assurer la sécurité matérielle de Marie et de l'enfant Jésus, de leur assurer un statut légal et une reconnaissance sociale.

Seconde mission : « tu lui donneras le nom de Jésus ». Joseph sera véritablement le père de Jésus, même si ce n'est pas d'une manière charnelle. Donner un nom à un enfant, c'est le reconnaître pleinement comme sien et le faire entrer dans sa famille. En interpellant Joseph : « Joseph, fils de David », l'ange souligne que c'est en tant que « fils de David » que Joseph a une mission à remplir, et cette mission est d'introduire Jésus dans sa maison, la maison de David, d'introduire Jésus dans la lignée royale et messianique de David.

Pour les Juifs, comme pour l'évangéliste saint Matthieu, Jésus est donc « fils de David » sans aucune contestation possible. Mais nous, avec notre mentalité moderne, cela nous gêne peut-être un peu de penser que cette filiation n'est pas une continuité biologique mais seulement une filiation adoptive. Alors, nous restons libres de supposer que Marie elle aussi descend du roi David. Cela n'aurait rien d'étonnant, car la coutume de l'époque était qu'un homme choisisse son épouse dans sa tribu et même dans sa parenté. L’Évangile n'en dit rien, et cela reste donc du domaine de l'opinion libre, mais c'est une opinion tout à fait plausible.

 

Jésus, « fils de David », est-il le Messie de la seule race de David, du seul pays d'Israël ? Voilà une autre révolution qu'apportera l’Évangile : désormais le salut n'est plus réservé aux Juifs. Jésus est enraciné dans l'histoire d'Israël, mais Jésus est le Messie de toutes les nations. Jésus est « fils de David », mais il est aussi « le Fils de l’homme », et il est surtout le Fils de Dieu.

Voilà pourquoi nous attendons dans la joie la venue du Messie à Noël, dans quelques jours. Il est Emmanuel, « Dieu-avec-nous », et il est Jésus, « Le-Seigneur-sauve ». Il vient parmi nous pour nous sauver, c'est-à-dire pour nous ouvrir le chemin vers le Ciel, vers la vie éternelle, avec lui auprès de son Père. Amen.

 
 
 

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