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DIMANCHE 7 DÉCEMBRE 2025 2° Dimanche de l' Avent . année A Homélie sur Matthieu 3 , 1 - 12la prédication de Jean - Baptiste


C’est de la venue du Messie que nous parlent les lectures d’aujourd’hui.

« En ce jour-là », dit Isaïe, « le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira … Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ».

    « Convertissez-vous », proclame saint Jean-Baptiste, « car le royaume des Cieux est tout proche … Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion … Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu ».

 

On entend parfois dire que le Dieu de l’Ancien Testament est une Dieu méchant, cruel, jaloux, tandis que le Dieu du Nouveau Testament est un Dieu d’amour, qui aime et qui pardonne. Ces deux lectures donnent un très net démenti à cette opinion : la douceur se trouve chez Isaïe et la violence chez Jean-Baptiste !

Mais cette réfutation facile ne résout pas la question. Isaïe comme Jean-Baptiste ont parlé sous l’inspiration de Dieu, et l’Évangile prend soin de préciser que c’est le même Esprit qui les a inspirés tous les deux : « Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ». Alors comment comprendre que l’un annonce l’harmonie et la paix, et l’autre le châtiment et la punition ? L’Esprit Saint se contredirait-il ?

« Toute l’Écriture est inspirée par Dieu » (2 Timothée 3, 16), nous le savons, et saint Paul nous le rappelait dans la seconde lecture : « tout ce qui a été écrit à l'avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire ». Donc quand on lit la Bible il faut tout garder. Tout garder, surtout les contraires, parce que les contraires, loin d’être contradictoires, sont souvent complémentaires. C’est le cas pour Isaïe et Jean-Baptiste : leurs visions sont opposées mais chacune est vraie, et les deux ensemble nous montrent la tension qui existe à l’intérieur même de la Bible, et qui existe forcément aussi dans notre vie chrétienne.

Tension déjà en ce qui concerne la venue du Messie, qui à la fois fera habiter ensemble le loup et l’agneau, et jettera au feu tous les arbres qui ne produisent pas de bons fruits.

Tension même lors de la naissance de Jésus, où l’annonce des anges « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’il aime » (Luc 2, 14) est suivie du massacre des saints innocents.

Tension pour nous aussi : nos cartes de vœux de Noël rappelleront la douceur de la crèche et l’humilité du Tout-Puissant, alors qu’en même temps le monde est rempli de violences, d’injustices et de guerres.

 

Cette tension propre à l’Évangile, c’est pendant l’Avent qu’elle est la plus forte. Nous attendons un Messie-Sauveur … et pourtant il y a déjà deux mille ans qu’il est né.

Il y a deux mille ans que ce Messie attendu a pris notre humanité, partagé notre fragilité humaine, homme parmi les hommes, sauf bien sûr le péché. Et pourtant, ce Messie, nous attendons encore qu’il vienne dans la gloire.

Jean-Baptiste nous disait il y a quelques instants : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche », puis Jésus a déclaré : « le Royaume de Dieu est au milieu de vous » (Luc 17, 21). Le Royaume de Dieu est donc déjà là, il est arrivé avec Jésus ; et pourtant il n’est pas encore arrivé, puisque nous prions chaque jour « que ton règne vienne ».

Le Royaume de Dieu est déjà là, puisque Jésus, le Messie attendu, est déjà venu et reste présent au milieu de nous ; le Royaume de Dieu est déjà là puisque beaucoup de bien se fait dans le monde, que nous le voyions ou non. Et pourtant il n’est pas encore là, puisque le retour de Jésus en gloire n’a pas encore eu lieu ; il n’est pas encore là puisque le loup n’habite pas encore avec l’agneau et que les forces du mal restent encore agissantes dans le monde.

 

Nous vivons donc une tension entre la première venue de Jésus, qui a déjà eu lieu, et la dernière, que nous attendons. Nous savons que le Sauveur est né à Bethléem, qu’il nous a rachetés, et que le salut que nous demandons est déjà acquis ; et nous attendons son dernier avènement qui nous fera entrer dans la vie éternelle. Mais pourtant, au cours de cette attente, Jésus vient aussi à nous pour nous apporter sa grâce ; ce sont des visites qui peuvent se produire pour chacun de nous à chaque moment de notre existence, et qui ont lieu particulièrement dans la fête de Noël.

Nous attendons la venue de Jésus qui inaugurera un règne de justice et de paix, mais il ne peut pas s’agir d’une attente passive. Il faut nous préparer à cette venue car Dieu ne peut pas s’accommoder de notre péché. L’appel de Jean-Baptiste, « Convertissez-vous », reste toujours d’actualité ! Dans quelques instants, quand je dirai « Élevons notre cœur », vous répondrez « Nous le tournons vers le Seigneur ». Tout le sens de la conversion est là : nous tourner sans cesse vers le Seigneur. Dieu nous a faits pour lui, pour être avec lui ; il veut que nous nous fixions sur lui ; il veut que nous fassions de lui notre modèle. Et c’est pourquoi Jean-Baptiste nous presse : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits les sentiers » qui le conduisent jusqu’à nous. Cet appel à nous ouvrir à Dieu, c’est aujourd’hui-même qu’il faut y répondre !

 

La grâce de Noël, c’est peut-être de nous faire tenir ensemble la prophétie d’Isaïe et l’appel de Jean-Baptiste, de nous faire vivre la douceur de la présence de Jésus au milieu de la brutalité de notre monde, de nous faire vivre la tension entre d’un côté la foi et l’espérance chrétienne, et de l’autre notre appartenance à un monde qui a encore tellement besoin de conversion.

La grâce portera son fruit dans la mesure où nous produirons nous-mêmes « un fruit digne de la conversion », comme le demande Jean-Baptiste. A Noël la victoire sur le mal est déjà acquise, une fois pour toutes, mais nous devons nous associer à cette victoire, nous devons écouter Jean-Baptiste et combattre pour nous convertir nous-mêmes chaque jour.

 
 
 

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