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DIMANCHE 22 FÉVRIER 2026 1° Dimanche du Carême . Année A Homélie sur Matthieu 4 , 1 - 11 les tentations de Jésus au désert

« En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable ».

C’est juste après avoir été baptisé par Jean-Baptiste que Jésus va ainsi passer quarante jours au désert. L’Esprit de Dieu était présent à ce baptême, sous la forme d’une colombe (cf. Matthieu 3, 16), et c’est ce même Esprit qui conduit maintenant Jésus au désert « pour être tenté par le diable » : comme cadeau de baptême, c’est assez inattendu !

 

            Le baptême de Jésus, c’est l’inauguration solennelle de sa vie publique, avec la voix du Père et la présence de l’Esprit qui l’accréditent dans sa mission. Que Jésus commence sa vie publique par une sorte de retraite au désert, on peut le comprendre : nous aussi, avant les grandes démarches de notre vie, nous faisons parfois des retraites : souvent avant la première communion, la confirmation ou la profession de foi, parfois avant la profession monastique ou l’ordination sacerdotale. Mais faire une retraite dans le but d’être tenté par le diable, cela paraît un peu surprenant !

Et pourtant, cela peut s’expliquer.

D’abord, quand le Fils de Dieu s’est incarné, il n’a pas fait les choses à moitié mais il a voulu être homme jusqu’au bout, et vivre dans son humanité tout ce que les hommes peuvent ressentir. Jésus a voulu être solidaire de nous jusque dans ce qui nous assaille intérieurement, ce qui demeure obscur et presque inavouable : toutes les pulsions, toutes les envies, tous les fantasmes qui hantent nos esprits et nos cœurs. Il a connu les mêmes tentations que nous, il peut donc pleinement compatir à notre faiblesse et nous aider, nous secourir lorsque nous sommes affrontés nous aussi aux tentations.

Et ensuite, c’est parce qu’il a vaincu les tentations en persévérant dans l’obéissance à son Père, qu’il a pu racheter la désobéissance de nos premiers parents et nous mériter le salut : saint Paul nous l’expliquait dans la seconde lecture.

Et enfin, si l’Écriture nous rapporte les tentations de Jésus, après celle d’Adam et Eve, c’est pour que nous en tirions la leçon sur la tactique de l’adversaire, sur les buts qu’il recherche, et sur les moyens que Dieu met à notre disposition pour le vaincre.

 

Dans les tentations de Jésus au désert, regardons moins les choses étranges qui lui sont proposées que le but qui est recherché. Le but du tentateur est toujours de rompre le lien de confiance entre Jésus et son Père : chaque tentation invite Jésus, d’une manière différente, à se détourner de la confiance en Dieu. Sa ruse est de ne pas l’engager directement à renoncer à sa mission de Sauveur, mais seulement à s’y engager d’une manière qui n’est pas celle que le Père a prévue pour lui.

Satan invite Jésus à changer une pierre en pain pour qu’il arrête son jeûne, qu’il décide de subvenir lui-même à ses besoins ; finalement, qu’il ne fasse pas la volonté du Père mais qu’il manifeste une volonté différente de celle de son Père. S’il avait transformé ces pierres en pains, Jésus aurait mis sa nature divine au service de sa nature humaine, et se serait donc affranchi de toutes les contraintes de sa condition humaine : par cette autonomie il se serait coupé à la fois des hommes et de Dieu.

Le tentateur invite Jésus à se jeter du haut du temple pour que Dieu soit obligé d’intervenir. C’est du chantage ! Jésus ne vivrait plus l’obéissance à son Père, mais voudrait mettre le Père au service de ses caprices.

Le tentateur lui demande de changer de patron, de se prosterner devant lui et de l’adorer pour qu’il ait tous les royaumes de la terre, pour qu’il domine les hommes, qu’il les asservisse au lieu de les servir. Il deviendrait un dictateur comme l’histoire en a tant connu, et en plus il serait idolâtre, ayant rejeté le Père pour s’adresser au démon.

Dans tous ces cas, finalement, la tentation de Jésus c’est de s’affranchir de son Père, de l’oublier, de ne pas tenir compte de lui et de se lancer tout seul dans sa mission. Et cette tentation, Jésus l’a rencontrée tout au long de sa vie publique : bien souvent les Juifs, et même ses disciples, ont essayé de le détourner de sa mission, l’ont invité à se servir de ses grands pouvoirs pour dominer le monde. Combien de fois a-t-on voulu qu’il devienne roi ! Même après la Résurrection, les Apôtres lui diront: « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » (Actes 1, 6).

 

            Le but du tentateur et sa tactique sont exactement les mêmes que ceux qu’il a employés avec Adam et Eve, nous l’entendions dans la première lecture : chercher à rompre le lien de confiance qui les unissait à Dieu, en introduisant le soupçon dans leur esprit : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin’ ? », « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! … vous serez comme des dieux ». Une fois que l’idée a germé chez Eve que le commandement de Dieu n’est peut-être pas la voie du bonheur mais est au contraire un obstacle à son épanouissement, le serpent a gagné : il a brisé la confiance en Dieu.

Eve a succombé, elle s’est laissée tromper parce qu’elle a commencé à discuter avec le serpent. Discuter avec le tentateur, c’est s’engager sur une pente savonnée, parce qu’il est trop malin pour nous : la chute est presque certaine ! Que la tentation se présente parfois, c’est inévitable, c’est normal, cela fait partie de notre condition humaine, et il n’y a aucune faute à ressentir des tentations. La faute commence lorsqu’on s’attarde à considérer la tentation, qu’on en caresse l’idée, qu’on se dit que finalement ce ne serait pas si mal. C’est de cela que dans le Notre Père nous demandons d’être préservés : « Ne nous laisse pas entrer en tentation », parce que cette « entrée en tentation » est déjà un début de consentement, et qu’il sera très difficile ensuite de ne pas passer à l’acte, de ne pas succomber.

Jésus, lui, a résisté : il ne s’est pas laissé engager à discuter, il a simplement opposé une Parole de Dieu à chacune des tentations. Ce n’est pas à force de volonté ou par de grands arguments théologiques que Jésus résiste au tentateur : la seule défense qu’il lui oppose, c’est sa relation avec son Père, parce que précisément c’est cette relation que le tentateur voudrait briser. Cela a été toute sa vie l’attitude de Jésus, jusqu’à Gethsémani où il disait : « « Père … que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne » (Luc 22, 42).

 

Les tentations de Jésus, ce sont les tentations de tout le monde et de tous les temps.

La tentation du pain, c’est la tentation de centrer notre vie sur le monde d’ici-bas, de ne vivre que pour l’argent, le confort, l’aisance, les plaisirs immédiats. C’est la tentation de vouloir ne dépendre que de nous, de penser qu’on n’a besoin de personne, qu’on n’a finalement pas besoin de Dieu, et de vivre comme si Dieu n’existait pas.

            La tentation de se jeter du haut du temple, de mettre Dieu à notre service, elle existe aussi. On ne prie que lorsqu’on craint le malheur, et si on n’obtient pas satisfaction, on dit que Dieu n’exauce jamais notre prière ou même qu’il n’existe pas ; on lui reproche nos maladies, nos échecs, les guerres, la pauvreté, la misère dans le monde, comme s’il devait accomplir tout ce que nous lui demandons. Au lieu de servir Dieu, nous voudrions nous servir de lui, nous voudrions un Dieu Père-Noël ou un Dieu presse-bouton !

            La tentation d’adorer le démon pour obtenir le pouvoir, nous la connaissons aussi. Il nous arrive bien souvent d’adorer tant de choses inutiles, voire perverses, en les considérant comme un épanouissement de nous-mêmes ; il nous arrive parfois de désirer dominer les autres, nous servir d’eux, leur imposer notre volonté.

            Les trois tentations que nous rencontrons dans notre vie : se suffire à soi-même, mettre Dieu à notre service et mettre le monde à notre service, ces trois tentations se rejoignent car elles consistent toutes les trois à satisfaire notre égo et à le mettre en valeur, et à croire par-dessus le marché que Dieu y trouve son compte. Mais ces trois tentations sont exactement celles que Jésus a rencontrées, et dont Jésus nous montre comment triompher.

 

Pendant les quarante jours du Carême, nous sommes invités à suivre les traces de Jésus et à affronter le combat spirituel contre le Malin par la force de la Parole de Dieu. Pas par notre parole à nous, ce serait inutile : la Parole de Dieu, elle, elle a la force pour vaincre Satan. Il faut donc nous familiariser avec la Bible : la lire souvent, la méditer, l’assimiler. La Bible contient la Parole de Dieu, qui est toujours actuelle et efficace.

Le Carême nous invite à faire grandir notre confiance en Dieu, et pour cela, à reprendre les Paroles que Jésus oppose au tentateur :

. « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » : cela nous peut nous soutenir dans la lutte contre la mentalité mondaine qui abaisse l’homme au niveau de ses besoins primaires et lui fait perdre la faim de ce qui est vrai, bon et beau, la faim de Dieu et de son amour.

. « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu » : parce que la route de la foi passe aussi par l’obscurité, le doute, et elle se nourrit de patience et d’attente persévérante.

. « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte » : autrement dit, nous devons nous défaire des idoles, des choses vaines, et construire notre vie sur l’essentiel.

Nos propres tentations, nos propres épreuves et faiblesses, et tous les combats de la vie chrétienne peuvent devenir un lieu privilégié de rencontre avec Dieu, si nous nous souvenons que nous n’y sommes jamais seuls : nous y sommes avec Jésus, qui a vécu les tentations pour nous, qui a combattu pour nous, qui est mort et ressuscité pour nous.

 
 
 

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