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DIMANCHE 25 JANVIER 2026 3° Dimanche du Temps Ordinaire. année A Homélie sur Matthieu 4 , 12 - 23 l’appel des premiers disciples

« Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée … et vint habiter à Capharnaüm … C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe ».

Par cette référence à une prophétie d’Isaïe, saint Matthieu, qui écrit son Évangile pour des chrétiens d’origine juive, tient à souligner l’enracinement de Jésus dans l’Ancien Testament. Mais il y a davantage que cela.

« la parole prononcée par le prophète Isaïe : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée ».

La Galilée, territoire des tribus juives de Zabulon et Nephtali, se trouve tout au nord de la Terre Sainte, bien loin de la Judée et de Jérusalem. Et la Galilée n’a pas bonne presse parmi les Juifs de Judée, parce qu’il s’y trouve, à côté des Juifs, tout un mélange de populations païennes avec leurs dieux, leurs langues et leurs coutumes, et les Juifs eux-mêmes sont suspectés d’être contaminés par l’impureté des païens : « les ténèbres » dont parle Isaïe, c’est cette situation suspecte d’un mélange de paganisme et d’une foi sujette à caution. Les Juifs pieux de Judée qui attendaient le Messie ne risquaient donc pas de tourner les yeux vers la Galilée !

Or c’est précisément là que Jésus commence son ministère. « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière », cela nous dit d’abord que Jésus est la lumière, et ensuite que cette lumière, la lumière du salut, n’est pas réservée aux Juifs, mais est destinée aussi, et même d’abord, aux populations pas vraiment recommandables de Galilée.

Jésus est la lumière ; il est la lumière pour les croyants fidèles, et pour les autres aussi, et il l’est aujourd’hui pour nous comme il l’était il y a deux mille ans en Galilée. Nos ténèbres à nous, ce sont toutes les difficultés de la vie dans lesquelles nous nous débattons, ce sont toutes les médiocrités et les infidélités dans lesquelles nous nous enfonçons, ce sont toutes les interrogations et les angoisses qui nous étreignent, ou qui ne nous étreignent même plus parce qu’elles ont brisé quelque chose en nous. Pour nous, au milieu de ces ténèbres, Jésus est la lumière. Il est celui qui vient éclairer notre vie, qui illumine le chemin sur lequel nous avançons, le fond de nos cœurs, notre regard, notre liberté, nos désirs et nos actions. Souvent nous nous demandons ce qu’il faudrait faire et nous cherchons dans tous les sens ; nous oublions simplement de chercher dans la bonne direction, c’est-à-dire de nous tourner vers Jésus qui est la lumière du monde. Jésus nous indique la route, il nous aide à comprendre et à accomplir ce qui est bon pour nous.

 

« Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs : Jésus leur dit : Venez à ma suite ».

« De là, il avança et il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque avec leur père, en train de réparer leurs filets. Il les appela ».

            Par deux fois, Jésus appelle, et quatre hommes quittent tout pour le suivre. Jésus veut accomplir sa mission avec des hommes qu’il formera pour qu’avec lui, ils s’occupent de son peuple. Ces hommes, plus tard, s’appelleront les Apôtres, c’est-à-dire les « envoyés », puisque Jésus les appelle pour l’accompagner jusqu’au bout et les envoyer porter aux hommes la lumière qu’il apporte au monde. Et Jésus ne les choisit pas parmi les Juifs pieux et instruits, il choisit des gens ordinaires, et même des Galiléens, de ces Galiléens si peu estimés des Juifs de Judée.

            Cet appel de Jésus nous concerne tous. Dans notre vie à tous, Jé­sus est passé et il passe, en disant : « Viens, suis-moi ! » Que nous soyons moine, moniale, mère de famille, employé, artisan ou retraité, que nous soyons un bon chrétien ou une personne peu recommandable, l’Évangile d’aujourd’hui doit faire retentir dans notre vie, et donc dans notre cœur, cet appel de Jésus.

Cet appel de Jésus, il est clair, d’abord, que c’est lui-même qui nous l’adresse. Les maîtres, les professeurs, les gourous, on les choisit soi-même ; mais avec Jésus, c’est différent : c’est lui qui prend l’initiative, qui passe, qui s’arrête et qui invite. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, dira plus tard Jésus, mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez, vous, et que vous portiez du fruit » (Jean 15, 26). Ce n’est pas nous qui avons fait un cadeau à Dieu, qui avons fait à Jésus l’honneur de le suivre, mais c’est lui qui nous a fait suffisamment confiance pour nous prendre à son service. C’est merveilleux !

Mais quand Jésus nous appelle, il faut accepter certaines ruptures. Les quatre premiers Apôtres ont quitté les filets, la barque, leur père dans la barque. Ils ont vécu là une rupture avec le métier, les habitudes, le gagne-pain et tout ce qui assurait leur sécurité. Pour suivre Jésus, ils ont dû accepter de lui faire confiance en lâchant tout cela. Jésus d’ailleurs l’a fait lui-même le premier : il quitte Nazareth pour aller, à partir de Capharnaüm, parcourir « toute la Galilée » en annonçant l’Évangile. Sa mission ne consiste pas à s’installer quelque part et à attendre que les gens viennent le voir, mais à être toujours en route pour aller vers eux, de village en village, prêchant dans les synagogues, guérissant les malades, annonçant le Royaume de Dieu et l’espérance du Salut.

Suivre Jésus, pour nous comme pour les Apôtres, c’est marcher derrière lui, aller où il va, travailler là où il travaille, à son œuvre de rédemption, accueillir ceux qu’il accueille, et chercher ce qu’il cherche : des adorateurs pour le Père.

Les ruptures que Jésus nous appelle à vivre, elles sont plus ou moins radicales selon le type d’appel qu’il adresse à chacun. Les renoncements matériels d’un moine ne sont pas les mêmes que ceux d’un laïc, mais ils sont tous destinés à nous libérer, à libérer notre cœur, pour nous permettre de marcher en vérité à la suite de Jésus. Ces renoncements ne sont pas une mutilation de nous-mêmes, mais comme un élagage qui nous permettra de grandir.

Cette invitation à le suivre que Jésus adresse à chacun de nous restera toujours un mystère. Cela peut être comme un murmure léger au fond de notre cœur, ou bien comme une voix ou un attrait plus explicite, ou bien comme le souvenir vivant d’un grand oui déjà prononcé, comme le rappel paisible de notre première grande rencontre avec Jésus. Et parfois aussi, malheureusement, nous sommes incapables de l’entendre à cause du tapage intérieur de nos désirs et de nos passions.

 

Jésus est la lumière annoncée par Isaïe, il vient pour éclairer le chemin de tous les hommes ; à chacun d’entre nous, chrétien ou non, il vient annoncer la Bonne Nouvelle de l’Évangile, la Bonne Nouvelle du salut. Et il passe dans notre vie comme il est passé au bord de la mer de Galilée dans la vie de Pierre, d’André, de Jacques et de Jean, en nous disant, d’une façon ou d’une autre, « Viens, suis-moi ! ».

Tous, nous sommes appelés, d’une façon ou d’une autre. Et je crois que nous pouvons tous témoigner que les moments où nous sommes le plus fidèles à cet appel sont dans notre vie les instants ou les périodes de plus grande plénitude. Alors, savons-nous, voulons-nous suffisamment offrir ce témoignage à tous ceux que le Seigneur met sur notre route, spécialement tous ceux qui ont du mal à donner un sens à leur vie ? Sans doute ont-ils besoin, plus que jamais, pour répondre à leur tour à l’invitation de Jésus : « Viens, suis-moi ! », de voir en nous des appelés heureux, des baptisés qui n’ont pas été déçus dans leur marche à la suite de Jésus, de voir en nous des passionnés du Seigneur Jésus. Si nous sommes les disciples de Jésus, nous devons être aussi ses témoins.

 
 
 

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