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DIMANCHE 26 OCTOBRE 2025 30° Dimanche Ordinaire. Année C homélie sur Luc 18 , 9 - 45 Le Pharisien et le Publicain

La parabole que nous venons d’entendre, est-ce qu’elle nous concerne, nous, ou bien est-ce qu’elle ne nous concerne pas ? En, effet, c’est « à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, (que) Jésus dit la parabole que voici ». Ma question est donc une question piégée, puisqu’elle revient à demander si certains d’entre nous méprisent les autres ! Alors, je ne vous demande pas de lever le doigt pour répondre, mais seulement de prendre un peu de temps pour réfléchir sur cette parabole.

 

« Deux hommes montèrent au Temple pour prier ».

Jésus est souvent sévère envers les Pharisiens. Ce qu'il leur reproche, c'est d'observer avec zèle toutes les prescriptions de la Loi juive, mais de les vider de leur sens et de leur valeur en les accomplissant avec un cœur dur.

La parabole du Pharisien et du Publicain illustre ce reproche, et elle l'illustre même si vigoureusement qu'elle ferait penser à une caricature.

 

Le Pharisien, c'est un homme honnête et respectable. Quand il prie, il rend sincèrement grâce au Seigneur pour ce qu'il est, et ce n'est pas de l'hypocrisie : ce qu'il dit est vrai. Il énumère ce qu'il y a de bon en lui, et il est fier de présenter au Seigneur sa carte de visite avec tous ses titres et tous ses mérites.

Ce Pharisien, je le connais, et je l'ai même entendu prier :

Oui, Seigneur, je vais à la messe tous les dimanches. Il y a tellement peu de pratiquants, de nos jours. Mais moi, Seigneur, moi, je suis fidèle.

Oui, Seigneur, je suis un bon chrétien et un bon citoyen. Je n'ai jamais perdu de points sur mon permis de conduire. Quand je pense à ce qui est vient d'arriver à mon voisin quand il a dû passer l’alcootest ! Je te rends grâce, Seigneur, de ne pas être comme lui !

Mais comme il est honnête et sincère, ce Pharisien, il ajoute aussi quelquefois :

C'est vrai, Seigneur, j'ai un peu triché sur ma dernière déclaration d'impôts. Mais tu sais, Seigneur, les temps sont durs, il faut bien essayer de vivre comme on peut !

C'est vrai aussi, Seigneur, que je me suis disputé avec ma voisine hier soir. Mais c'est de sa faute, c'est elle qui a commencé.

Ce Pharisien, je le connais bien. Et je me demande si vous ne le connaissez pas un peu vous aussi.

 

Pourquoi est-ce-que le Seigneur n'a pas entendu sa prière ?

 

Le Seigneur n'entend pas sa prière, d'abord parce que le Pharisien ne se tourne pas vers Dieu pour prier, mais il se regarde lui-même, et il en est satisfait. Il se considère déjà juste par lui-même. Dieu ne peut rien lui apporter puisqu'il estime n'avoir besoin de rien. Dieu ne peut plus agir en lui, parce qu'il s'est verrouillé lui-même.

 

Le Seigneur n'entend pas sa prière non plus parce que le Pharisien s'estime meilleur que les autres, que les autres en général, et surtout que ce Publicain qui est derrière lui. Alors que Dieu seul est juge, parce que Dieu seul connaît les cœurs, et ce n'est pas notre affaire de juger les autres. Dieu ne peut plus être ici avec le Pharisien, puisque c'est le Pharisien qui s'est installé à la place de Dieu pour juger son prochain.

 

Le Seigneur enfin n'entend pas sa prière parce que, quand par hasard le Pharisien admet qu'il n'est pas parfait, il se donne des excuses. Il ne s'accuse pas devant Dieu, mais il se justifie. Et là encore il se verrouille lui-même contre le pardon et contre la miséricorde de Dieu.

 

Ce n'est donc pas Dieu qui aurait refusé d'entendre la prière du Pharisien, c'est le Pharisien qui s'est fermé lui-même à l'action de Dieu sur lui. Devant un cœur endurci dans sa bonne conscience, un cœur fermé, le Seigneur reste impuissant. C'est dramatique.

Le personnage du Pharisien, on peut le trouver caricatural, bien sûr, mais la tentation d'imiter plus ou moins son genre de prière, cette tentation, elle existe, elle est bien réelle. Et elle est sournoise : on risque de s'y laisser prendre sans même s'en rendre compte.

Ainsi, nous comprenons maintenant en quoi la prière du Pharisien est faussée. Mais par contre, si nous en concluons que nous pouvons prier en disant « Je te rends grâce, Seigneur, de ne pas être comme ce Pharisien », c’est qu’en fait nous n’avons rien compris du tout ! 

 

Le Publicain, lui, ne fait qu'une prière très simple : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! »

Il se place devant Dieu, il regarde Dieu. Il voit ce qu'il est devant Dieu et il s'humilie. Son attitude intérieure, c'est la lucidité sur lui-même, sur sa misère, et la confiance en Dieu.

Et c'est précisément cela, l'attitude que le Seigneur attend de nous dans notre prière, puisque Jésus a déclaré : « Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs, pour qu’ils se convertissent » (Luc 5, 32). Or nous sommes tous pécheurs, le péché est universel (cf. Jean 8, 33-36 ; Romains. 5, 12 ; etc.), et ceux qui prétendent ne pas avoir besoin de salut s'aveuglent sur eux-mêmes (cf. Jean 9, 40-41 ; 1 Jean 1, 8-10 ; etc.).

La demande de pardon est le préalable de toute prière qu'on veut adresser à Dieu. C'est pour cela qu'au début de chaque messe nous reprenons les mots mêmes du Publicain pour demander pardon : « Seigneur, prends pitié. Kyrie eleison ».

 

Saint François d'Assise affirmait être le plus grand des pécheurs, le curé d'Ars aussi, et bien d'autres encore. En disant cela, ils étaient parfaitement sincères. Leur attitude est exactement celle du Publicain qui regarde Dieu et qui voit ce qu'il est devant Dieu. Si les péchés d'un saint lui paraissent énormes, c'est parce qu'il les voit d'autant plus clairement qu'il est plus proche de la lumière de Dieu, et qu'il ne pense pas à regarder les péchés du prochain pour comparer.

Voilà donc pourquoi la prière du Publicain a été entendue. Il découvre sa misère sous le regard de Dieu, en sachant que Dieu est Amour, et il s'en remet à sa miséricorde. C'est cela, l'attitude juste devant Dieu. C'est quand nous prions les mains vides que Dieu peut nous combler.

 

Jésus termine là sa parabole. Il ne dit pas si le Pharisien réalisera un jour qu’il fait fausse route, et il ne dit pas si le Publicain va essayer de sortir de sa vie de péché.

On peut quand même faire une supposition à ce sujet. En effet, ce n’est peut-être pas par hasard que, un peu plus loin dans l’évangile selon saint Luc, nous rencontrons l’homme riche, à qui Jésus propose de le suivre mais qui y renonce parce qu’il reste attaché à ses richesses (Luc 18, 18-23), et Zachée, le Publicain qui change radicalement de vie lorsqu’il rencontre Jésus (Luc 19, 1-10) : est-ce que ces deux personnages ne seraient pas l’image du Pharisien et du Publicain de la parabole ?

 

Finalement, est-ce que Jésus nous demande d’imiter le Pharisien ? Est-ce qu’il nous demande d’imiter le Publicain ? Ni l’un ni l’autre, je crois. Il nous donne en exemple la prière du Publicain, oui, mais ne nous dit pas d’imiter sa vie de péché ; il récuse la prière du Pharisien, oui, mais il ne critique pas sa vie d’observance fidèle de la Loi. Le personnage que nous pourrions imiter, c’est un troisième homme, un troisième homme qui ne figure pas dans la parabole : un croyant qui mène une vie droite mais qui a l’humilité de se reconnaître pécheur devant Dieu.

Un croyant qui peut commencer sa prière comme le Publicain : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! », et qui peut la continuer comme le Pharisien : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas … voleur, injuste, adultère, etc. », mais qui, parce qu’il est chrétien, ajoute : « Parce que tout cela, ce n'est pas à mes propres mérites que je le dois, mais aux mérites de la Passion de Jésus, qui m'a préservé de ce type de péchés, et qui me purifie de tous les autres péchés que je commets. »

 
 
 

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