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Dimanche 29 décembre 2024 Fête de la Sainte Famille année C Homélie sur Luc 2, 41-52 : Jésus perdu et retrouvé au Temple

Jésus est déconcertant ! Qu’est-ce qui lui a pris de faire cette escapade ? Il est déconcertant pour les docteurs de la Loi qui s’extasient sur sa sagesse, il est déconcertant pour Marie et Joseph qui ne comprennent son attitude, il est déconcertant pour nous qui ne le comprenons probablement pas davantage.

Si c’était un ado de chez nous qui faisait une fugue pareille, ses parents ou bien lui donneraient une paire de claques, ou bien lui prendraient une série de rendez-vous chez un psychologue. Mais comme il s’agit de Jésus, on considère que c’est très bien, qu’il avait certainement ses raisons pour agir ainsi, et on ne va peut-être pas chercher plus loin.

Mais cela vaut quand même le coup de réfléchir un peu pour essayer de comprendre. C’est le seul épisode qu’on connaisse de la jeunesse de Jésus ; donc, si saint Luc a choisi de le rapporter, c’est qu’il est certainement significatif de quelque chose. Je vois trois pistes qu’on pourrait explorer.


Première piste. Saint Luc mentionne, très discrètement, quelques détails destinés à suggérer que cet épisode préfigure déjà ce que sera la vie publique de Jésus. Ce sont comme des clins d’œil qu’il nous adresse, et c’est à nous de les déchiffrer.

En déclarant « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? », Jésus s’affirme déjà comme le Fils de Dieu, et c’est ce que tout l’Evangile va développer.

Jésus est déroutant pour les docteurs de la Loi et pour ses parents, comme plus tard il sera déroutant pour les autorités religieuses, scribes et pharisiens, et pour sa propre famille. Enfant comme adulte, Jésus rencontre l’incompréhension parce qu’il ne rentre pas dans les catégories courantes, il fait exploser les cadres.

C’est pour la fête de la Pâque que la Sainte Famille se rend à Jérusalem et que Jésus disparaît pendant trois jours, comme plus tard, après la Pâque, le crucifié restera trois jours au tombeau. Puis on le retrouve mais ce n’est pas tout à fait le même : « ses parents furent frappés d’étonnement … ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait », comme Pierre devant le tombeau vide « s’en retourna chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé » (Luc 24, 12). La réponse de Jésus a ses parents : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » évoque celle qu’il fait aux femmes devant le tombeau : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité » (Luc 24, 5-6).

Cette mystérieuse volonté de Jésus de rester trois jours dans le Temple de Jérusalem pour y être « chez (son) Père » s’éclairera après la Résurrection, quand Jésus démontrera qu’il est lui-même le vrai Temple, le lieu de la présence de Dieu et de la rencontre avec Dieu (cf. Jean 2, 19. Apocalypse 21, 22).


Seconde piste. « Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements », nous dit saint Luc. Il répète ici ce qu’il nous avait déjà signalé le jour de Noël, après l’adoration des bergers à la crèche : « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Luc 2, 19).

Marie sait bien, depuis l’Annonciation, que Jésus n’est pas un enfant comme les autres, qu’il ne lui appartient pas puisqu’il est le propre Fils de Dieu, que son destin sera hors du commun. Et pourtant elle ne comprend pas cette fugue de Jésus à l’âge de douze ans. C’est que, lorsque l’ange Gabriel a annoncé à Marie qu’elle serait la mère du Sauveur, il ne lui a pas détaillé l’intégralité du plan de Dieu, il ne lui a même rien révélé du tout sur ce que serait son fils.

Tout ce qu’elle sait, ce sont les paroles de l’ange : « Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin » (Luc 1, 32-33), et les paroles du vieillard Syméon : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction, et toi, ton âme sera traversée d’un glaive » (Luc 2, 34-35).

C’est à partir de ces quelques mots, à partir de sa connaissance de la Bible, de sa vie quotidienne avec Jésus, de sa vie de prière, de sa disponibilité totale à la volonté de Dieu, que Marie doit lire les événements de sa vie pour progresser dans la foi, dans la compréhension de sa foi, dans la compréhension du plan de Dieu. Etre la mère du Fils de Dieu, cela ne la dispense pas des difficultés de l’existence, ni même des difficultés d’élever un enfant ! Elle s’est offerte sans réserve à la volonté de Dieu (« Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » Luc 1, 38), mais cette volonté de Dieu ne lui est pas signifiée d’emblée, elle doit elle-même chercher à la découvrir et à la comprendre, et ce n’est pas toujours évident. Aujourd’hui elle se retrouve particulièrement déroutée, mais sa foi ne bronche pas et elle « garde dans son cœur tous ces événements ». Une des raisons d’être de cette fugue de l’enfant Jésus, c’est donc peut-être d’être comme un coup de glaive, selon le mot de Syméon, pour permettre à Marie de grandir dans sa foi et dans sa compréhension du plan de Dieu.

Et cela c’est particulièrement intéressant pour nous. Nous aussi, nous désirons faire la volonté de Dieu, mais Dieu ne nous donne pas toujours du tout-cuit, des consignes parfaitement claires et incontournables, et nous nous retrouvons parfois, comme Marie, hésitants ou déroutés. Marie et Joseph « ne comprirent pas ce qu’il leur disait », alors ne nous étonnons pas de ne pas toujours comprendre nous-mêmes les voies de Dieu ! Nous préférerions peut-être qu’un ange vienne à chaque étape de notre vie nous expliquer ce que Dieu attend de nous … mais ce n’est pas le cas ! Dieu nous laisse construire nous-même notre vie à partir de notre foi et à partir des événements. Alors, dans les difficultés de notre vie, à travers même les coups de glaive qui peuvent nous frapper, sachons imiter Marie dont la foi ne bronche pas et qui cherche dans son cœur à découvrir la volonté de Dieu pour mieux s’y ajuster.


Troisième piste. « Quand (Jésus) eut douze ans, (ses parents) montèrent en pèlerinage suivant la coutume ... Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin … »

Comme je le disais il y a quelques instants, Jésus fait exploser les cadres, il n’a jamais hésité à s’écarter de « la coutume », à quitter « le convoi », la caravane du conformisme social. Mais jamais sans motif, jamais pour le seul plaisir de choquer. Nous le savons bien, quand Jésus va déjeuner chez le publicain Matthieu, ou chez le pécheur Zachée, quand il discute avec la Samaritaine, quand il accepte qu’une femme de mauvaise vie lui verse du parfum sur les pieds, quand il fait des miracles le jour du sabbat, c’est toujours pour nous signifier que l’amour de Dieu et du prochain sont plus grands que les coutumes et même que les normes religieuses.

Jésus n’hésite pas à choquer, mais il n’est pas pour autant un contestataire ou un révolté. « Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis » : une fois passée la situation qui a motivé son attitude déroutante, il revient aux façons de vivre courantes. Il ne remet en cause les coutumes et les normes religieuses que lorsqu’elles font obstacle à l’amour de Dieu ou du prochain.

C’est la même chose aujourd’hui pour nous. La Loi de Dieu nous prescrit d’honorer nos parents, mais en déclarant « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? », Jésus nous signifie qu’il peut y avoir des circonstances où l’obéissance à la volonté de Dieu doit l’emporter même sur l’honneur dû à nos parents. Dans les monastères nous le savons bien, nous savons combien l’entrée d’un enfant dans un noviciat est parfois un grand déchirement pour ses parents. L’Evangile est plus grand que les coutumes, les lois et les institutions, même légitimes. Tous les saints l’ont compris, et n’ont jamais hésité à bousculer les usages et les normes au nom de l’Evangile. « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? », cela signifie qu’il y a un essentiel, et que tout le reste passe après.

Je pense par exemple à saint Vincent de Paul qui disait, en substance, à une Fille de la Charité : Votre règle vous demande de vous trouver, à telle heure, à la chapelle pour y faire oraison ; mais si à cette heure un pauvre sonne à la porte pour demander du secours, qu’allez-vous faire ? N’hésitez pas : quitter votre oraison pour aller vous occuper du pauvre, c’est quitter Dieu pour Dieu.

De même, j’ai rencontré il y a quelques années une abbesse bénédictine, d’un monastère où la clôture est particulièrement stricte, qui me disait les difficultés qu’elle avait à trouver des prêtres pour assurer la messe chaque jour dans son monastère. Je lui ai demandé ce qu’elle ferait s’il arrivait qu’elle ne trouve pas de prêtre pour célébrer la messe du dimanche à l’abbaye. Elle m’a répondu : je n’hésiterai pas, j’emmènerai toute la communauté à la messe de la paroisse. Pour elle, le rendez-vous dominical pour rencontrer Jésus dans l’Eucharistie est plus important que la règle pourtant sévère de la clôture.

Et nous, saurions-nous le cas échéant, pour être « aux affaires de (notre) Père », c’est-à-dire pour nous comporter en fils et en filles de Dieu, bousculer les convenances sociales, par exemple pour ne pas manquer la messe du dimanche, pour ne pas transiger avec notre foi, ou pour accomplir un acte de charité ?


Un dernier point que je vous propose de retenir de l’Evangile d’aujourd’hui, c’est que nous pouvons imiter non seulement Jésus mais aussi Marie et Joseph.

Nous remarquons que c’est dans le Temple qu’ils ont retrouvé Jésus. Et nous aussi, lorsqu’il nous arrive de perdre Jésus, lorsque la présence de Jésus s’estompe en nous, ou que nous l’avons perdue par le péché, c’est dans le Temple que nous pourrons le retrouver, c’est-à-dire dans une église, dans la prière, dans l’Ecriture Sainte, et dans les sacrements, surtout l’Eucharistie et le sacrement du pardon.

 
 
 

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