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DIMANCHE 29 MARS 2026 Dimanche des Rameaux Matthieu 21, 1-11 : l’entré à Jérusalem Matthieu 26, 14 – 27, 66 : la Passion

La semaine sainte s’ouvre aujourd’hui par une double célébration : l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, et ensuite sa Passion, sa mort et son ensevelissement. Il y a contraste total entre la joie de la procession, et l’humiliation et les souffrances qui suivent.

Comment faire le lien entre ces deux moments qui semblent en totale contradiction l’un avec l’autre ?

Je vous propose une façon de découvrir ce lien en regardant les titres que l’Evangile donne à Jésus, les très nombreux titres par lesquels les personnages de l’Evangile désignent Jésus, ces titres qui traduisent la façon dont Jésus est perçu par les personnages du drame, mais qui révèlent davantage encore.

 

Dans l’épisode des Rameaux, c’est l’enthousiasme de la foule que rapporte saint Matthieu, et Jésus ne reçoit que des titres louangeurs.

Jésus est d’abord vu comme un prophète : « Qui est cet homme ? … C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée ». Puis il reçoit des titres messianiques : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! », et saint Matthieu y ajoute le titre de roi en citant le prophète Zacharie : « Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi » (Zacharie 9, 9). Jésus accepte tous ces titres, comme il accepte toutes les acclamations et l’enthousiasme de la foule, et il se donne à lui-même le titre de Seigneur : « Si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : Le Seigneur en a besoin ».

 

Pendant la dernière Cène puis devant Caïphe, Jésus s’applique le titre de Fils de l’homme : « Voici qu’elle est proche, l’heure où le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs », « Vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant ».

 Jésus revendique aussi les titres de Christ et de Fils de Dieu, même si cela ne paraît immédiatement explicite pour nous. En effet, si Jésus le disait de lui-même, Caïphe le refuserait, alors Jésus amène Caïphe à poser lui-même la question : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu ». Jésus n’a qu’à lui répondre : « C’est toi-même qui l’as dit ! », pour transformer la question en affirmation, parce que selon la loi, une déclaration solennelle du grand-prêtre en exercice donne valeur décisive à une affirmation religieuse.

Devant Pilate, Jésus reprend la même attitude : « Es-tu le roi des Juifs ? C’est toi-même qui le dis ». Jésus revendique donc avec force ses titres de Christ, de Fils de Dieu, de roi des Juifs.

         Les adversaires de Jésus, au milieu de leurs insultes, reprennent les plus beaux titres de Jésus, mais les reprennent par dérision. « Fais-nous le prophète, ô Christ ! Qui t’a frappé ? … sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu ! » « Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix … car il a dit : Je suis Fils de Dieu ».

 

Ceux qui voient juste, ce sont les païens. La femme de Pilate, d’abord : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste ». Pilate aussi, même s’il n’a peut-être pas vraiment conscience de la portée de ses paroles : « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus, appelé le Christ ? » ; et l’inscription sur la Croix : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs ».

            Jésus, anéanti, blessé dans son corps et dans sa dignité, honni, accusé de blasphème, ce qui est le pire des péchés pour ses compatriotes, est en même temps honoré bien involontairement par des étrangers qui lui décernent les plus hauts titres de la religion juive.

         Et par-dessus tout, le titre de Fils de Dieu lui est d’abord décerné par pure dérision, pour l’humilier, par les passants, les grands prêtres, les scribes et les anciens, qui lui font cruellement remarquer le contraste entre la grandeur du titre et l’impuissance à laquelle il est réduit. Mais ce même titre de Fils de Dieu va lui être finalement décerné par le centurion romain, et alors il résonne comme une véritable profession de foi : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! »

Et cette exclamation, « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! », proclame que la mort de Jésus n’est pas un échec, mais qu’elle est une victoire, elle proclame que c’est dans sa faiblesse même que Jésus manifeste sa vraie grandeur, qui est celle de Dieu.

 

Le lien entre les deux faces de l’Evangile d’aujourd’hui, la face glorieuse de l’entrée à Jérusalem et la face souffrante de la Passion et de la mort, il est là : ces deux faces sont les deux aspects de la figure de Jésus, qui est à la fois le roi de gloire annoncé par Zacharie, « Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne », et le Sauveur qui pousse l’amour pour son peuple jusqu’à donner sa vie, « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs ». Le trône de ce roi, c’est à la fois l’ânesse et le bois de la Croix, qui manifestent les deux visages de sa gloire.

Les titres messianiques que la foule décerne à Jésus le jour des Rameaux sont justes (prophète, fils de David, celui qui vient au nom du Seigneur), mais ils ne suffisent pas à caractériser le Messie, il faut les compléter par les titres que Jésus recevra durant sa Passion (Christ, Fils de Dieu, roi des Juifs).

 

Aujourd’hui nous avons accompagné Jésus en nous mêlant à la foule qui acclame son entrée à Jérusalem ; préparons-nous à le suivre également dans sa Passion et jusqu’à la Croix, pour avoir part avec lui à sa Résurrection. Et comme saint Paul y invitait tout à l’heure les Philippiens, proclamons que « Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ». Amen.

 
 
 

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