DIMANCHE 3 MAI 2026 5° Dimanche de Pâques. Année A Homélie sur Jean 14 , 1-12 « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie »
- benedictinesflee
- 27 mai
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« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi ».
Pour ses auditeurs Juifs, cette déclaration de Jésus est une prétention inouïe, scandaleuse. Le cœur de la foi d’Israël, depuis Abraham, depuis Moïse, c’est que Dieu est unique. Qu’un homme se place sur un pied d’égalité avec Dieu, c’est un blasphème ! Et pourtant, c’est bien cela que Jésus déclare à ses disciples : « Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ».
C’est là la grande nouveauté de l’Evangile, et il faudra du temps aux disciples pour la comprendre. Il faudra la Passion, la mort et la Résurrection de Jésus pour leur faire comprendre que Jésus est vraiment le Fils de Dieu, pour leur faire comprendre que cela ne contredit pas l’unicité de Dieu, mais que cela nous révèle au contraire quelque chose de la vie intime de Dieu, qui est unique mais qui en même temps est Trinité.
« Celui qui m’a vu a vu le Père, dit Jésus. Comment peux-tu dire : 'Montre-nous le Père' ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! »
C’est parfaitement clair : Jésus est le Fils de Dieu, le Fils égal au Père.
Et alors Jésus ajoute : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi ».
Cela va encore plus loin. Non seulement Jésus partage la nature divine avec son Père, mais il est même pour nous le passage obligé pour aller vers le Père.
Pour un chrétien, d’abord croire en Dieu c'est inséparablement croire en son Fils qu'il a envoyé (cf. C.E.C. 151) ; et ensuite il n’est pas possible de rejoindre Dieu sinon par Jésus, qui est le seul à connaître le Père et à pouvoir le révéler (cf. Matthieu 11, 27).
Voilà la grande nouveauté de l’Evangile, le couronnement de la Révélation que Dieu fait de lui-même : c’est en Jésus que nous avons accès auprès de Dieu.
Notre foi, elle n’est donc pas une « religion du livre », comme celle des musulmans est la religion du Coran. Non, notre foi, la foi chrétienne, c’est avant tout la foi en Jésus, c’est l’attachement à la personne de Jésus, c’est l’union à Jésus.
« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Personne ne va vers le Père sans passer par moi », dit Jésus. C’est notre foi. Mais une déclaration aussi catégorique soulève quand même une interrogation grave.
S’il faut passer par Jésus pour trouver Dieu, qu’en est-il de tous ces gens qui ne connaissent pas Jésus ? Qu’en est-il des hommes qui cherchent Dieu sincèrement, qui cherchent la vérité dans la droiture de leur cœur, mais qui ne savent pas que « personne ne va vers le Père sans passer par » Jésus ? Faudrait-il comprendre qu’ils ne pourront jamais aller vers le Père ? Les non-chrétiens seraient-ils condamnés à ne jamais pouvoir rencontrer Dieu, à ne jamais parvenir au salut ?
Non, bien sûr (cf. Concile Vatican II, Lumen Gentium 13 et 16).
Nous savons que Dieu est bon, qu’il aime tous les hommes et qu’il « veut que tous les hommes soient sauvés. » (1 Timothée 2, 4). Alors Dieu donne à chaque homme les moyens suffisants de son salut. Et ces moyens, il les donne à ceux qui connaissent Jésus comme à ceux qui ne le connaissent pas. Il les donne à tous, parce que personne ne pourrait jamais s’élever jusqu’à Dieu par ses seules forces naturelles (cf. C.E.C. 661). Pour pouvoir nous élever vers Dieu, il nous faut d’abord recevoir la grâce de Dieu. Et cette grâce qui nous est nécessaire, c’est par Jésus qu’elle nous est donnée.
Pour nous qui connaissons Jésus, cette grâce qui nous donne accès auprès de Dieu, nous savons qu’elle nous vient de Jésus et de notre union à Jésus. Et pour ceux qui ne connaissent pas Jésus, cette grâce qui leur permet de chercher Dieu, elle leur vient également de Jésus, mais ils ne le savent pas.
Jésus le dit lui-même : « Moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jean 12, 32). C’est tous les hommes que Jésus attire à lui, et pas seulement ceux qui croient en lui. D’une manière mystérieuse, Jésus est présent aux hommes de tous les lieux et de tous les temps, et c’est lui qui leur accorde la grâce qui pourra les conduire au salut (cf. Concile Vatican II, Nostra Aetate n° 4). « En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver » (Actes 4, 12).
Voilà, en quelques mots, ce qu’on appelle la question du salut des incroyants : c’est par Jésus que tous les hommes ont accès auprès de Dieu, qu’ils le sachent ou qu’ils l'ignorent. « Personne ne va vers le Père sans passer par moi », qu’il le sache ou qu’il l'ignore.
Mais alors la question rebondit.
Si ceux qui ne connaissent pas Jésus peuvent eux aussi recevoir sa grâce, peuvent rencontrer Dieu et parvenir au salut, tout comme les croyants, alors quel intérêt y a-t-il à être chrétien, quel intérêt y a-t-il à annoncer Jésus et l’Evangile ?
« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie », dit Jésus.
Pour chercher Dieu, il existe un Chemin qui est direct et qui est sûr, puisqu’il est à la fois le chemin et l’aboutissement du chemin ; et il existe une multitude d’autres chemins ou de sentiers, qui s’égarent, qui font des détours, ou qui ne mènent nulle part.
Pour chercher Dieu, il existe une Vérité qui est assurée, puisqu’elle est Dieu lui-même, Dieu le Fils qui nous révèle Dieu le Père, et il existe une multitude d’erreurs, ou de vérités partielles mélangées à des erreurs (cf. C.E.C 844).
Avoir foi en Jésus, s’attacher à Jésus, c’est s’attacher à celui qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie », c’est prendre, et prendre en connaissance de cause, le seul moyen infaillible, le moyen que Dieu lui-même nous a préparé, pour parvenir auprès de Dieu, pour parvenir au bonheur que Dieu nous destine (cf. Concile Vatican II, Nostra Aetate 2), c’est-à-dire à la vie éternelle, qui est la participation à la communion du Père et du Fils.
Ce moyen que Dieu nous a préparé pour nous conduire à la vraie Vie, c’est dans l’Eglise que nous le trouvons, dans l’Eglise qui est le corps mystique de Jésus (cf. Concile Vatican II, Lumen Gentium 7). C’est dans l’Eglise que nous trouvons « la totalité des moyens de salut » (Concile Vatican II, Ad Gentes 6), parce que c’est dans l’Eglise que nous rencontrons Jésus, qui est lui-même le salut (cf. C.E.C. 774). Et c’est dans l’Eglise que la vie divine possédée par Jésus est réellement communiquée aux croyants (cf. Concile Vatican II, Lumen Gentium 7). « Tout salut vient du Christ-Tête par l’Eglise qui est son Corps » (C.E.C. 846).
Ceux qui n’appartiennent pas à l’Eglise ne sont pas exclus de l’amour de Dieu et du salut, c’est clair (cf. Concile Vatican II, Lumen Gentium 16) ; mais ceux qui connaissent Jésus et qui s’attachent à Jésus ont sur eux une grande supériorité. En effet, ils s’avancent vers Dieu par un chemin plus sûr, et ils peuvent s’unir dès ici-bas à celui qui est « la Vérité et la Vie », que les autres ne découvriront qu’une fois parvenus au Ciel.
Nous, croyants, nous possédons cette supériorité, mais c’est sans aucun mérite de notre part, puisque c’est par une grâce de Dieu que nous l’avons reçue. Et cette supériorité, elle est aussi pour nous une responsabilité : nous avons la responsabilité de mener notre vie en accord avec notre foi.
Nous savons que Jésus est « le Chemin ». Mais est-ce que nous suivons vraiment ce chemin ? Ou bien est-ce que nous préférons d’autres chemins, est-ce que nous avons d’autres guides que Jésus ? Ou bien encore est-ce-que nous ne suivons que nos caprices ou nos désirs égoïstes ?
Nous savons que Jésus est « la Vérité ». Mais est-ce que nous avons vraiment soif de la vérité ? Ou bien est-ce que nous préférons les petits compromis de la vie de tous les jours ? Est-ce que nous nous accommodons du relativisme de la société où nous vivons ?
Nous savons que Jésus est « la Vie », la vie en plénitude dès ici-bas, et la vie éternelle pour plus tard. Mais est-ce-que nous désirons vraiment la Vie ? Ou bien est-ce que nous préférons vivoter autour de nos petits centres d’intérêt personnels ? Est-ce que nous réalisons que toutes les réalités d’ici-bas n'ont de sens et de valeur qu’au regard de la seule vraie réalité, qui est la vie éternelle, la vie éternelle à laquelle nous sommes tous destinés ?
Nous savons que Jésus est « le Chemin, la Vérité et la Vie ». Alors, que faisons-nous pour l’annoncer autour de nous ? Avons-nous soif d’annoncer Jésus et l’Evangile à tous nos contemporains qui l’ignorent, à tous ceux qui l’ont oublié, à tous les immigrés qui vivent autour de nous ?
C’est notre droit et c’est notre devoir d’annoncer l’Evangile, pour répondre à la volonté de Dieu qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité » (1 Timothée 2, 4), pour répondre à la volonté de Dieu qui est « de faire participer tous les hommes à la communion qui existe entre le Père et le Fils dans leur Esprit d’Amour » (C.E.C. 850).
La vocation chrétienne, notre vocation à tous, elle est « par nature une vocation à l’apostolat » (Concile Vatican II, Apostolicam Actuositatem 2) : elle consiste à vivre en union avec Jésus, et cela implique d’annoncer à tous les hommes que « personne ne va vers le Père sans passer par » Jésus, qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie ». Amen.
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