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Dimanche 4 janvier 2026 Solennité de l’Épiphanie Matthieu 2, 1-12 : l’adoration des Mages

Le récit de la visite des Mages, il est bien beau, mais est-ce qu’il ne nous laisse pas un peu sur notre faim ? N’importe quel journaliste, aujourd’hui, l’aurait raconté mieux que saint Matthieu, en nous apprenant tout sur les Mages : leur pays d’origine, leur nombre, leurs noms, pourquoi et comment ils avaient vu et reconnu l’étoile, des détails sur leur voyage, sur leur arrivée devant la crèche, la durée de leur séjour à Bethléem, etc. Saint Matthieu ferait un très mauvais journaliste, puisqu’il ne nous dit rien de tout cela. C’est que saint Matthieu ne cherche pas à faire un reportage : ce qui l’intéresse, et donc ce qui doit nous intéresser nous aussi, ce ne sont pas les détails de la visite des Mages, mais c’est le sens spirituel de leur visite. Et là-dessus, saint Matthieu nous donne beaucoup d’éléments. Regardons-en quelques-uns.

 

Ce sont des Mages, c’est-à-dire des savants et des sages ; ils viennent d’Orient, c’est-à-dire de pays païens, renseignés par une étoile, pour adorer « le roi des Juifs qui vient de naître ».

Cela nous dit d’abord que, dès la naissance de Jésus, les païens, tous les peuples païens, représentés par les Mages, sont appelés à venir l’adorer ; cela nous dit que grâce à Jésus Dieu n’est plus le Dieu du seul peuple Juif, mais que tous les peuples de la terre sont invités à entrer dans le peuple de Dieu, dans la famille de Dieu.

 

            Cela nous apprend aussi que les païens, bien qu’ils n’aient pas reçu la Révélation de Dieu, peuvent quand même arriver à une certaine connaissance de Dieu. Comment cela ? Par leur sagesse, c’est-à-dire par l’intelligence et la conscience que Dieu a mises au cœur de chaque homme ; en regardant une étoile, c’est-à-dire en levant les yeux vers le ciel, vers ce qui est plus haut qu’eux, plus grand qu’eux, pour réfléchir à ce qui est plus grand que l’homme ; en regardant une étoile, parce que les étoiles, comme toute la nature, comme toute la Création, nous parlent de Dieu, nous disent que puisqu’il existe une Création c’est qu’il existe un Créateur.

Les Mages, dans la droiture de leur cœur, ont fait cette démarche qui les a orientés vers Dieu ; et ensuite ils ont certainement reçu une lumière du Saint-Esprit pour leur révéler qu’ils devaient se tourner vers « le roi des Juifs », dans le pays des Juifs. Et, dans la droiture de leur cœur, ils se sont mis en marche, ils n’ont pas hésité à quitter leur pays pour suivre cette lumière qu’ils avaient reçue, pour aller jusqu’au bout de leur démarche, pour aller là où Dieu voulait les conduire.

 

            Première chose à remarquer : l’étoile ne les a pas conduits jusqu’à Jésus. L’étoile les a conduits jusqu’à Jérusalem, et puis elle a disparu. Il a fallu qu’ils se renseignent à Jérusalem, pour que l’étoile leur apparaisse de nouveau et les guide jusqu’à Jésus. Cela signifie que la démarche des païens, des païens d’autrefois comme des païens d’aujourd’hui, des païens qui se tournent vers Dieu dans la droiture de leur cœur, en suivant leur raison et leur conscience, cette démarche peut les rapprocher de Dieu, oui, mais seulement les rapprocher, et ne suffit pas à leur faire atteindre Dieu véritablement. Pour atteindre Dieu, il faut passer par les autorités religieuses établies par Dieu ; c’est-à-dire pour les Mages s’adresser aux grands prêtres et aux scribes, dépositaires de la Parole de Dieu, et pour les païens modernes s’adresser à l’Église qui est le nouveau peuple de Dieu ; c’est dans l’Église que les païens pourront rencontrer Dieu en vérité.

 

            Seconde chose à remarquer : on pourrait s’attendre à ce que, après avoir fait tant d’efforts pour trouver Jésus, les Mages seraient restés auprès de lui pour devenir ses premiers disciples. Eh bien non : après l’avoir adoré, ils repartent dans leur pays. C’est parce que l’heure des païens n’était pas encore venue ; en effet, c’est seulement plus tard, avant l’Ascension que Jésus confiera à ses Apôtres la mission d’annoncer l’Évangile à tous les peuples : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Matthieu 28, 19).

L’heure des païens n’était pas encore venue, comme aujourd’hui elle n’est pas encore venue pour tous les païens qui n’ont pas encore reçu l’Évangile. Dieu n’a pas demandé aux Mages de devenir disciples de l’Évangile ; comme aux païens d’aujourd’hui qui ne connaissent pas l’Évangile, Dieu ne demande pas d’entrer dans l’Église, puisqu’ils n’en seraient pas capables, mais leur demande seulement, comme aux Mages, de chercher Dieu dans la droiture de leur cœur, avec les lumières que le Saint-Esprit leur accorde. Tous les peuples sont appelés à entrer dans l’Église, dans le peuple de Dieu ; pour ceux qui ont la possibilité d’y entrer, c’est l’Église qui est la voie du salut, mais pour ceux qui, comme les Mages, ne le peuvent pas, c’est leur recherche sincère de Dieu qui leur méritera le salut. L’homme est créé à l’image de Dieu, et cette image de Dieu qui repose en lui le rend capable et désireux de chercher Dieu, de rencontrer Dieu ; encore faut-il qu’il fasse le geste de lever les yeux vers le ciel pour chercher l’étoile.

 

Troisième remarque : les grands prêtres et les scribes de Jérusalem savaient que le Messie devait naître à Bethléem, ils voyaient les Mages qui avaient fait un long chemin pour venir l’adorer, et ils n’ont pas bougé, ils n’ont rien fait pour se mettre en route eux-mêmes ! Ils avaient la Révélation, ils avaient la connaissance du Messie, et ils étaient à deux pas de Bethléem, mais ils n’avaient pas le désir de rencontrer le Messie ; ils étaient satisfaits d’eux-mêmes et n’avaient aucune envie de lever les yeux pour suivre une étoile. C’est exactement l’attitude inverse de celles des Mages, et du coup tous ces notables de Jérusalem, qui auraient dû être les premiers à aller adorer Jésus, ne se sont même pas donné la peine d’aller le rencontrer.        

 

La démarche des Mages, c’est la démarche de toute vie chrétienne authentique : lever les yeux vers le ciel et nous mettre en route, suivre les lumières qui nous sont données pour nous conduire vers la lumière véritable, vers « le Verbe qui est la vraie Lumière », comme le dit saint Jean (Jean 1, 9), sans nous laisser rebuter par les difficultés du voyages, attentifs aux signes qui balisent le chemin pour nous indiquer la présence de Jésus. Dieu nous donne à tous une étoile qui peut nous guider vers le beau, vers le bien, vers la vérité, vers Dieu lui-même ; et à nous chrétiens Dieu donne comme guide, comme première étoile, sa Parole, l’Écriture transcrite dans la Bible et transmise par l’Église. La tentation qui nous guette, nous qui sommes chrétiens, c’est celle des grands prêtres et des scribes : nous désintéresser de cette étoile, n’être chrétiens que de nom, nous contenter de savoir qui est Jésus mais refuser de le rechercher parce que cela nous dérangerait, cela bousculerait notre confort ; rester dans nos pantoufles sans lever les yeux vers le ciel, sans nous mettre en route pour rencontrer Jésus.

 

Alors, frères et sœurs, n’ayons pas peur de lever les yeux et de partir à la suite de l’étoile, avec foi, avec courage, avec persévérance. N’ayons pas peur d’aller là où Jésus nous attend, et préparons déjà les dons que nous pourrons lui offrir : l’or de toute notre existence, de notre liberté que nous mettons à son service ; l’encens de notre prière, du temps que nous voulons passer dans le cœur-à-cœur avec lui ; la myrrhe, le parfum de notre amour pour lui et pour notre prochain. Amen.

 
 
 

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