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Jeudi 14 Mai 2026 Ascension du Seigneur. Année A Homélie sur Actes 1, 1-11 et Matthieu 28, 16-20

« Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? » Si vous restez comme cela le nez en l’air, vous allez attraper un torticolis : ce qui vous attend pour l’instant, c’est devant vous, c’est à vos pieds ! Les anges veulent aider les Apôtres à comprendre l’Ascension : il ne faut pas rester figés, il faut se mettre en marche !

On les comprend bien, les Apôtres, parce qu’on est exactement comme eux ! Quand on vit quelque chose de très intense, on veut le prolonger, on refuse que cela se termine, on ne tient pas du tout à retourner à la grisaille de la vie ordinaire ! Les Apôtres avaient vécu les émotions fortes de la Passion et de la mort de Jésus, puis la découverte incroyable de sa Résurrection, et la joie et la douceur de quarante jours de rencontres avec le Ressuscité : c’était tellement beau qu’ils ne comprennent pas et ne veulent pas que cela prenne fin.

Nous sommes comme les Apôtres : nous préférons parfois nous maintenir dans l’illusion que nous pourrions arrêter le temps, pour rester dans la sécurité de ce que nous connaissons plutôt que d’affronter le changement, d’affronter les changements qui se produisent nécessairement dans nos vies. L’Ascension de Jésus, les Apôtres la ressentent d’abord comme un départ, comme une disparition, comme la fin d’une aventure : il faut que les anges leur fassent comprendre que ce n’est pas la fin d’une histoire mais le début d’une autre histoire. Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel, alors que Jésus est encore ici au milieu de vous, avec seulement un autre mode de présence ? Puisque Jésus est ressuscité, son départ n’est pas une disparition, n’est pas un abandon, mais nous apprend au contraire que nous ne devons pas chercher à mettre la main sur lui, parce que c’est lui qui décide de la façon dont il reste avec nous : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Jésus n’a plus à être à nos côtés puisqu’il veut être en nous ; il n’a plus à être notre compagnon de route puisqu’il est notre force pour marcher ; il n’a plus besoin d’être vu puisqu’il devient notre regard ; il n’a plus à être notre ami puisqu’il est devenu notre force d’aimer. Depuis l’Ascension, Jésus, à la fois absent et présent, reste plus que jamais l’Emmanuel, le Dieu-avec-nous, qui ne nous quittera jamais.

 

Cela, les Apôtres vont bientôt l’expérimenter : dans dix jours, par la grâce de l’Esprit-Saint, ils comprendront qu’il fallait bien que le Ressuscité monte au Ciel pour que sa présence se développe partout et toujours.

Ils vont découvrir la présence constante de Jésus avec eux et en eux : dans le mystère de l’Eucharistie, dans sa Parole vivante, dans l’assemblée qui est le corps du Christ, dans ceux qui souffrent … Jésus est là, il se donne, il guide, il aime. Non, Jésus ne les a pas abandonnés ! Au contraire, il déploie sa présence par-delà les contraintes de l’espace et du temps, pour pouvoir s’offrir à tous, faire l’unité entre tous et vivre intimement avec tous.

Mais cette réalité nouvelle, les Apôtres ne peuvent l’accueillir qu’en tournant la page de ce qu’ils ont vécu jusque-là. « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le Ciel ? » Il ne s’agit pas d’oublier ce qu’ils ont vécu, bien sûr, il s’agit au contraire d’accueillir la joie de ce que Jésus leur offre maintenant et d’avancer comme Jésus le leur demande.

 

Ce que Jésus leur demande, il l’exprime en deux consignes :

Première consigne : « Il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père ». Comme on dit au téléphone : Attendez, ne quittez pas, vous allez recevoir la communication ! Ne quittez pas Jérusalem, attendez et priez, « vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ».

Seconde consigne : « Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre ». Comme on dit au cinéma : Allez-y, Action.

 

L’Ascension, ce n’est pas le rideau qui tombe une fois la mission de Jésus terminée ; au contraire, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre, la dernière étape. C’est la fête de la réussite totale et de la mission universelle. L’Ascension nous rappelle deux choses étroitement liées :

. d’abord, l’œuvre de Pâques étant pleinement accomplie, Jésus entre dans la gloire du Père. C’est l’aboutissement de sa Résurrection ; il ne s’agit pas du départ vers un lieu (le ciel), mais vers une personne (son Père), comme il le disait à Marie-Madeleine : « Je ne suis pas encore monté vers le Père » (Jean 20, 17 ; cf. Jean 16, 28).

. et ensuite, c’est dans la foulée de cette élévation vers le Père que Jésus nous envoie proclamer sa victoire au monde entier. Pour cela il nous assure de sa présence en nous, au plus intime de nos cœurs, et de l’assistance du Saint-Esprit qui nous permettra d’être ses témoins.

 

         Le jour de l’Ascension, c’est le temps de l’Eglise qui commence : ce que Jésus a fait, l’Eglise doit le continuer. Pour cette mission, nous ne sommes pas seuls : Jésus reste avec nous, et le principal travail, c’est lui qui le fait, avec l’Esprit-Saint, dans le cœur des hommes.

         La fête de l’Ascension vient donc nous rappeler le but de notre vie. Nous avons pris l’habitude de parler du « pont de l’Ascension » : quatre jours de congé, c’est très appréciable, bien sûr ! Mais on peut parler de pont dans un autre sens : avec Jésus, l’Ascension est un pont qui nous permet de passer d’une rive à l’autre, qui nous permet de passer de passer de notre monde d’ici-bas vers le monde nouveau que Jésus appelle le Royaume des cieux et où il veut rassembler tous les hommes.

         Alors, avec les Apôtres qui commencent une retraite de dix jours jusqu’à la Pentecôte, tournons les yeux de notre cœur vers Jésus retourné dans la gloire de son Père, pour mieux l’accueillir en nous, et mieux accueillir l’Esprit qu’il nous a promis.

 
 
 

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