top of page

Jeudi 19 mars 2026. Solennité de saint Joseph Luc 2, 41-51a : le recouvrement de Jésus au temple

C’est saint Joseph que nous fêtons aujourd’hui, saint Joseph le chef de la Sainte Famille. Mais saint Joseph a-t-il encore quelque chose à nous dire aujourd’hui, quelque chose qui intéresse notre culture contemporaine, notre vie quotidienne, notre vie chrétienne ? Comment aurait-il quelque chose à nous dire, alors qu’il n’a rien dit, alors que les Evangiles ne rapportent aucune parole de lui ? Dans l’évangile d’aujourd’hui il n’est même pas mentionné par son nom !

 

         L’une des leçons que saint Joseph peut nous donner, c’est peut-être justement la discrétion et le silence. Nous l’entendions il y a quelques instants : quand Marie et Joseph retrouvent Jésus dans le Temple, on pourrait s’attendre à ce que Joseph lui assène une algarade, voire même une raclée … Eh bien non. C’est Marie qui prend la parole, et Joseph reste en retrait. Comme dans tout ce que l’Evangile nous rapporte de Joseph : il écoute d’abord, puis il agit, et en tout dans l’humilité, la discrétion et le silence. Mais le silence de Joseph, ce n’est pas le silence des inconnus qui ne savent pas quoi se dire, ce n’est pas le silence d’une salle d’hôpital ou d’une prison (si tant est que ce soient des lieux silencieux …), mais c’est plutôt le silence d’un monastère, silence chargé de la présence de Dieu et de la présence à Dieu des hommes et des femmes qui l’habitent.

 

Joseph, celui à qui a été confiée la Parole, le Verbe de Dieu, Joseph se tait, et c’est un témoignage à la fois pour notre culture contemporaine et pour notre vie chrétienne.

Témoignage pour notre culture contemporaine, où le silence est difficile à trouver, où on a tellement peur du silence que pour y échapper on se réfugie dans le bavardage, dans la radio, les émissions de télé, le walkman, Internet, le téléphone portable, etc. On a peur du silence parce qu’il nous place face à nous-mêmes, c’est-à-dire souvent face à notre vide intérieur.

Le silence nous place face à nous-mêmes, c’est vrai, et il peut aussi, si nous savons l’affronter, nous replacer face à Dieu. Et c’est là que le silence de Joseph est un témoignage pour notre vie chrétienne et notre vie monastique. Le vrai silence n’est pas le signe d’un vide intérieur, mais le signe d’une présence intérieure, le signe d’une vie intérieure. C’est pour cela que saint Benoît est très exigeant sur le silence et lui consacre un des premiers chapitres de sa Règle (chapitre 6).

Le silence de saint Joseph, bien sûr, n’a pas été un silence absolu : il a bien fallu qu’il parle, dans sa vie familiale comme dans son métier. Mais les Evangiles, en ne nous rapportant aucune parole de lui, même dans les événements importants qui l’ont concerné, nous suggèrent qu’il vivait dans une disposition intérieure au silence. C’est dans le silence que Dieu vient parler à notre cœur, et c’est le silence qui permet à Joseph d’écouter Dieu, d’accueillir le plan de Dieu et de construire toute sa vie pour s’y conformer, c’est le silence qui lui permet de se mettre totalement au service de la Parole de Dieu et du Verbe de Dieu. C’est pour cela que l’Evangile nous dit que saint Joseph était « juste » (Matthieu 1, 19) : juste, cela signifie « ajusté » à Dieu.

Comme le silence de saint Joseph, le silence chrétien, et le silence monastique, ne sont pas un silence absolu, mais surtout une disposition intérieure au silence, une disponibilité à rencontrer Dieu, un désir de nous conformer à la Parole de Dieu pour vivre avec Dieu. La vie chrétienne, et la vie monastique encore plus, ce n’est pas d’abord une affaire d’activités à exercer, mais c’est avant tout une affaire de silence et de contemplation.

 

         Observer le silence, ce n’est pas toujours facile. Vous connaissez peut-être l’apophtegme de saint Pambo, un Père du désert d’Egypte. Ne sachant pas lire, il demande à quelqu’un de lui réciter un psaume au hasard ; on tombe sur le psaume 38, qui commence : « J’ai dit :  Je garderai mon chemin sans laisser ma langue s’égarer ; je garderai un bâillon sur ma bouche … Dixi : Custodiam vias meas, ut non delinquam in lingua mea, ponam ori meo custodiam … ». Saint Pambo ne veut pas en entendre davantage : « C’est assez, je reviendrai quand j’aurai pratiqué ce que dit le verset ». Et il revient, dix-huit ans plus tard, en avouant qu’il n’y était pas tout à fait parvenu.

C’est amusant, mais c’est surtout très rassurant, parce que cela nous dit que le silence intérieur, silence chrétien, silence monastique, n’est pas un état de perfection qu’il faudrait conquérir et où ensuite on pourrait se reposer sur nos lauriers, mais est au contraire une démarche intérieure qui ne sera jamais totalement aboutie, le silence est un des éléments constitutifs de notre vie intérieure, sur lequel on peut et on doit toujours progresser et grandir. Pratiquer le silence, et grandir dans l’observance du silence, c’est donc toujours à notre portée.

 

Saint Joseph, toi qui as su te taire, apprends-nous à faire de même, à nous détacher des conversations sans intérêt ou qui fatiguent les autres, à nous détacher surtout de tout le bavardage extérieur ou intérieur qui fait écran à une vraie rencontre avec le Seigneur.

Saint Joseph, toi qui a su vivre le silence pour être plus totalement ouvert et disponible à Dieu, pour mieux centrer toute ta vie sur la personne de Jésus, apprends-nous à rencontrer Dieu dans le silence de notre cœur, à être comme toi « juste », « ajusté » à Dieu, et à placer Jésus au centre de notre vie. Amen.

 
 
 

Posts récents

Voir tout

Commentaires


bottom of page