Jeudi Saint : lavement des pieds et Eucharistie. 2 avril 2026
- benedictinesflee
- 27 mai
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Que célébrons-nous ce soir ? Vous me répondrez sans doute que nous célébrons la Cène de Seigneur, l’institution de l’Eucharistie, l’institution du sacerdoce. C’est vrai, bien sûr, mais pourtant l’Evangile que je viens de proclamer ne mentionne ni l’Eucharistie ni le sacerdoce !
L’institution de l’Eucharistie, c’est dans les Evangiles synoptiques que nous la trouvons, et dans la première lettre aux Corinthiens. Saint Jean, lui, ne la rapporte pas, probablement parce qu’elle était suffisamment connue des chrétiens à qui il s’adresse, et qu’il l’a déjà méditée ailleurs, notamment dans le discours sur le Pain de Vie au chapitre 6 ; mais il rapporte un autre événement de ce repas pascal : le lavement des pieds. Cela nous suggère que ces deux événements sont liés, qu’ils ont la même signification, qu’ils donnent deux éclairages complémentaires sur le même message que Jésus veut nous laisser avant d’entrer dans sa Passion.
L’Eucharistie n’est pas seulement une évocation de la Passion et de la mort de Jésus, mais elle rend réellement présent à nouveau, devant nous, le sacrifice de la Croix. Ce sacrifice est tellement décisif pour notre salut que Jésus ne l’a accompli et n’est retourné vers le Père qu’après nous avoir laissé le moyen d’y participer comme si nous y étions présents. Et lorsque nous recevons la communion, il ne s’agit pas d’un repas fraternel ou symbolique, mais c’est réellement le corps de Jésus, son corps torturé et crucifié mais aussi ressuscité, que nous recevons, afin que Jésus lui-même vienne vivre en nous et nous fasse vivre de sa vie.
Le lavement des pieds, c’est un geste d’accueil, qu’on accomplit normalement lorsqu’on entre dans une maison. Mais Jésus ne l’accomplit pas au moment où les Apôtres entrent au Cénacle, mais plus tard, au cours du repas. Cela signifie qu’il ne s’agit pas d’un geste d’accueil dans le Cénacle, qu’il ne s’agit pas non plus des ablutions rituelles qui précèdent le repas, mais qu’il s’agit d’un geste d’accueil dans autre chose, d’un geste d’accueil dans le Royaume de Dieu, dans l’endroit où Jésus veut que tous soient rassemblés, dans son Royaume qui est déjà le ciel sur la terre.
Ce geste d’accueil est normalement accompli par un esclave ou un domestique ; ici c’est Jésus lui-même qui tient à l’accomplir. Il signifie par là que sa mission de salut, et que le Royaume de Dieu, consistent à se mettre au service des hommes, à se mettre à leur service jusqu’à donner sa vie pour eux, comme il le fera quelques heures plus tard. « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ».
C’est l’amour de Dieu pour nous qui se donne à voir dans ce geste du lavement des pieds ; et cet amour, nous avons à en témoigner à notre tour, de la même façon, en nous mettant au service de nos frères.
L’Eucharistie et le lavement des pieds sont les deux gestes qui nous disent l’amour de Dieu pour nous en son fils Jésus, ce sont deux éclairages complémentaires qui nous montrent jusqu’où va l’amour que Dieu nous porte. Ces deux éclairages complémentaires traduisent la même réalité, ce qui signifie que, de même que Jésus est réellement présent dans l’Eucharistie, de même Jésus est réellement présent lorsque je me fais le serviteur de mes frères. Chaque fois que je choisis de faire de ma vie un don pour les autres, chaque fois j’expérimente la présence de Jésus. Le service de mes frères, comme l’Eucharistie, permet à Jésus de venir vivre en moi, me permet de vivre de la vie même de Jésus. Le parallèle est très net entre les deux commandements que donne Jésus à la Cène : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (le lavement des pieds) et « faites cela en mémoire de moi » (l’Eucharistie, Luc 22, 19).
On ne peut pas dissocier l’Eucharistie et le service des frères. Si nous avons faim du pain eucharistique, nous devons avoir faim aussi de devenir jour après jour serviteurs de nos frères. Nous ne pouvons pas communier en vérité au corps du Christ si nous ne sommes pas d’humbles serviteurs de nos frères ; et en servant nos frères et sœurs, nous communions d’une certaine façon au Corps du Christ, nous permettons à Jésus de vivre en nous et d’agir à travers nous.
Alors, frères et sœurs, chaque fois que nous nous approcherons de l’Eucharistie, souvenons-nous que le service de nos frères doit faire partie intégrante de l’Eucharistie, prépare et prolonge la réception du Corps du Christ.
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