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Samedi 16 août 2025. Saint Armel


La liturgie nous permet de faire mention aujourd’hui de saint Armel dont c’est aujourd’hui la fête, un saint qui est particulièrement vénéré en Bretagne, mais ailleurs aussi, en France et même de l’autre côté de la Manche. Pas bien loin d’ici, il est le patron de l’église de Beaumont-la-Ronce, entre Château-du-Loir et Tours. Saint Armel est exactement contemporain de saint Benoît, c’est-à-dire qu’il vivait il y a quinze siècles exactement.


Qu'a-t-il fait, Armel, pour parvenir à la sainteté ?

Il a entendu un jour Jésus dire dans l’Evangile : « Tout homme qui aura quitté à cause de mon nom des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre ... aura en héritage la vie éternelle. » Et cette parole du Christ, il l'a prise au pied de la lettre.

Armel est si frappé de la parole de l'Evangile qu'il prend la décision de tout quitter pour s'attacher définitivement au Christ : il laisse ses parents, ses richesses, sa patrie, la Grande-Bretagne, et traverse la Manche pour aller en Armorique vivre seul avec Dieu dans la prière, en compagnie de quelques disciples. Mais par sa sainteté personnelle et par ses miracles il exerce un tel rayonnement sur la population des alentours que les monastères qu'il fonde ainsi deviennent des centres d'évangélisation dans un pays d'où le paganisme n'avait pas encore disparu.

Le renom de sainteté d'Armel parvient jusqu'au roi des Francs, Childebert, fils de Clovis, qui le fait venir à Paris pour être son conseiller, et Armel s'y emploie durant six ans à guider vers le ciel le roi et sa cour, qui étaient chrétiens déjà, mais pas encore convertis aux mœurs évangéliques.

A part ce séjour parisien, Armel resta fidèle à la Bretagne jusqu'à la fin de ses jours, et c'est aux environs de Rennes qu'il accomplit son miracle le plus célèbre :

« Il y avait dans le pays un horrible dragon qui avait sa caverne en une petite montagne près de la rivière de la Seiche, lequel faisait un grand ravage dans le pays circonvoisin. Saint Armel, regrettant le dommage qu'en recevaient les paysans, pria Dieu de les vouloir délivrer de cette calamité, et le lendemain, ayant célébré la Messe, il déposa sa chasuble puis se fit conduire à la caverne du monstre, auquel il commanda, de la part de Dieu, de sortir, ce qu'il fit. Alors il lui lia son étole autour du cou et le traîna de la dite montagne jusque sur le bord de la dite rivière, et lui commanda de s'y précipiter, ce qu'il exécuta. »


Saint Armel n'est pas seulement un personnage pittoresque de l'histoire ancienne, il est bien plus que cela : il a contribué à former l'âme de notre pays. C'est à saint Armel, ainsi qu'à quelques autres grands saints qui sont à peu près ses contemporains, et à beaucoup d’autres qui sont moins connus, que nous devons la foi, la foi qu'ils ont enracinée chez nous, la foi dont nous vivons aujourd'hui.

C'est par là qu'il est proche de nous. C'est pour cela qu'il nous parle encore aujourd'hui : il nous exhorte à suivre le Christ. Et qu'avons-nous à faire pour suivre le Christ ? Eh bien, à regarder saint Armel, et à l'imiter.


Les anciennes vies de saints nous les montrent parfois passant toute leur existence à pleurer leurs péchés ; et nous savons que les moines celtes de cette époque pratiquaient des mortifications extraordinaires. Mais ce n'est pas cela que nous dit saint Armel ; il n'en est pas question dans sa vie telle qu'elle nous est parvenue, parce que ce n'est pas cela qui compte. Ce qui est important, c'est le passage d'Evangile qui l’avait frappé : « Tout homme qui aura quitté à cause de mon nom des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre ... aura en héritage la vie éternelle. » C'est cela que Saint Armel nous dit aujourd'hui.


On ne peut pas suivre le Christ si on n'est pas prêt à tous les détachements.


Le Christ appelle certains, moines et moniales notamment, à quitter effectivement, comme saint Armel, famille, biens, pays ; mais il nous appelle tous à un détachement intérieur, qui ne consiste pas à abandonner les biens légitimes auxquels nous tenons, mais à les mettre à leur place, c'est-à-dire à placer l'amour de Dieu avant tous nos biens. C'est aussi l'enseignement de saint Benoît : « Ne rien préférer à l'amour du Christ ».

Si l'attachement à l'un de nos biens l'emporte sur notre attachement à Dieu ou lui fait obstacle, alors il faut y renoncer, renoncer radicalement au bien en question, ou au moins renoncer à notre attachement déréglé. Pourquoi cela ? Parce que le renoncement aux biens d'ici-bas est la seule attitude qui nous permette d'obtenir le bien le plus grand qui est la vie éternelle, parce que c'est la seule attitude qui laisse le champ libre à Dieu pour agir en nous. Le renoncement est donc la condition nécessaire pour parvenir à la sainteté.

On ne nous dit pas que saint Armel avait un grand amour de Dieu, un grand désir du salut des âmes ou une vie intérieure profonde ; tout cela, c'est important, et c'est nécessaire pour faire un bon chrétien. Mais ce qu'on nous dit, c'est qu'Armel a renoncé à tout pour s'attacher au Christ, et c'est cela qui fait la différence entre un bon chrétien et un saint : le saint est assez détaché de lui-même pour ne pas faire obstacle à la grâce de Dieu qui agit en lui.


C'est bien beau, ce renoncement, allez-vous me répondre, mais ce n'est pas praticable, ce n'est pas à notre portée. Eh bien, si ! Entre le renoncement radical qu'a pratiqué saint Armel et le renoncement, ou le détachement, auquel nous sommes tous appelés, les modalités diffèrent, mais il n'y a pas de différence de nature, parce que le but est le même : ce qu'il faut, c'est libérer notre cœur pour l'attacher à Dieu sans réserve.

Dans la vie monastique, le renoncement extérieur que constituent les vœux de pauvreté, chasteté, obéissance, est au service du renoncement intérieur qui est le renoncement véritable, et qui est la condition nécessaire pour parvenir à cette liberté intérieure qui nous permet de suivre le Christ de plus près.

Dans la vie laïque, les moyens de parvenir à ce renoncement intérieur ne sont pas si radicaux, et diffèrent bien sûr selon l'état de vie de chacun, mais nous ne sommes jamais dispensés de les mettre en œuvre, car un chrétien n'est jamais dispensé de marcher à la suite du Christ.


Renoncement : c'est un mot qui sonne mal, qui répugne à notre sensibilité. Mais si le mot est austère, la réalité qu'il recouvre ne l'est pas du tout, car le renoncement auquel nous appellent le Christ et saint Armel consiste finalement à donner à Dieu la place qui lui revient : la première place dans notre cœur et dans notre vie. Il consiste à ne pas faire passer l'amour des créatures avant l'amour du Créateur. C'est ce détachement des choses créées qui libérera un espace en nous pour permettre à Dieu d’y venir davantage, pour permettre à Dieu d'être davantage chez lui en nous, et c'est cela qui nous fera connaître la liberté intérieure, la liberté des enfants de Dieu. C'est quand nous aurons noyé dans la rivière le dragon de notre orgueil et de nos convoitises, que nous aurons en héritage la vie éternelle, comme nous l'a promis le Christ. Amen.

 
 
 

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