Samedi 21 Mars 2026 fête de saint Benoît Homélie sur Jean 17, 20-26 « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi »
- benedictinesflee
- 27 mai
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« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi ».
Jésus prie pour que son Père nous fasse le don de l’unité. L’unité, oui, d’accord, ce n’est pas pour nous déplaire, mais de quelle unité Jésus parle-t-il ? « Que tous soient un ».
Est-ce le fait d’avoir exactement les mêmes goûts ? Non : on peut aimer le même chocolat, la même musique, les mêmes voitures, mais ne pas s’aimer et même se détester au point de se vouloir du mal !
Est-ce le fait d’appartenir au même groupe et de porter la même tenue ? Non, là encore ce n’est qu’une apparence d’unité ! Nous pourrions porter le même habit religieux, vivre dans le même monastère, et avoir pourtant envie de nous déchirer les uns les autres ! Ce n’est pas cela l’unité. Cela peut faire illusion, pour des gens qui ne nous verraient que le temps d’un office à la chapelle, mais derrière les sourires de surface, sommes-nous des frères ou des sœurs qui s’aiment, ou bien simplement des gens qui vivent côte à côte ?
Alors, qu’est-ce que c’est, l’unité dont nous parle Jésus ? Cette unité, elle n’est pas dans l’extérieur, dans l’apparence, elle est dans le cœur. Elle est le résultat de cette force intérieure qui nous fait aimer l’autre alors même qu’il pense différemment de nous, alors même qu’il vit différemment de nous. L’unité est le fruit de l’amour.
Or nous le savons bien, notre capacité d’aimer est quelquefois bien limitée, et le seul qui puisse nous faire grandir dans l’amour c’est Jésus, Jésus qui par amour pour nous est mort sur la croix !
Jésus nous dit clairement que la source, la seule source, de l’unité, elle est en lui, elle provient de l’unité du Père et du Fils : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi … qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi ».
Alors, sommes-nous vraiment unis à Jésus ? Parce que si nous ne cherchons pas d’abord cette unité de cœur avec Jésus, jamais nous n’arriverons à vivre l’unité entre nous.
Jésus puise son amour dans l’amour du Père, et c’est pour cela que l’Evangile nous signale que chaque jour Jésus se retire à l’écart pour prier son Père, pour vivre son unité avec lui, pour vivre un cœur à cœur avec lui. C’est dans l’amour de son Père que Jésus trouve la force d’aimer.
Part là, il nous montre le chemin : nous aussi, pour avoir la force d’aimer il nous faut prendre chaque jour le temps du cœur à cœur avec Jésus, et c’est son amour qui transformera notre cœur. Cherchons donc à être toujours en union de cœur avec Jésus, alors il nous fera grandir dans l’amour des autres, alors les gens ne s’arrêteront plus à notre unité de surface, mais s’interrogeront vraiment sur ce qui nous unit, et là ils verront Dieu ! C’est en cela que nous serons de véritables témoins : « Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé ».
L’unité de Jésus avec son Père, elle est pour nous un modèle, mais elle est bien plus qu’un modèle. Elle est comme un espace où Dieu nous accueille pour y vivre notre unité de chrétiens, de frères : « Qu’ils soient un en nous », dit Jésus. Quand nous cherchons l’unité, nous venons en quelque sorte habiter ensemble dans l’amour de Dieu, nous réchauffons notre amour à l’amour même de Dieu. Cet amour-là, c’est l’unité parfaite !
C’est exactement ce que nous demande saint Benoît, que nous fêtons aujourd’hui.
Saint Benoît veut faire de ses disciples, moines bénédictins et moniales, des hommes et des femmes de communion, décentrés d’eux-mêmes pour être orientés vers Dieu et en même temps vers les autres, « ne préférant absolument rien au Christ » pour devenir, avec le Christ, vraiment fils et vraiment frères, « et que le Christ nous conduise tous ensemble à la Vie éternelle ! »
C’est dans la mesure où nous vivons en profondeur l’attachement au Christ, que nous sommes capables de vivre en communion profonde avec les frères qui nous entourent et avec qui nous cheminons dans une communauté d’amour et de partage.
C’est pour cela que saint Benoît insiste à la fois sur l’attachement au Christ (« Ne rien préférer à l’amour du Christ »), et sur tout ce qui peut souder l’unité des frères entre eux (les marques de respect et les prévenances mutuelles, l’attention aux plus faibles, la patience envers les fragilités des autres, l’obéissance réciproque).
Et, inversement, saint Benoît veut tellement que nous soyons des hommes et des femmes de communion que, lorsqu’un frère a blessé la communauté par son comportement, saint Benoît l’excommunie, il le met en marge de la vie commune pour un temps, afin qu’il prenne conscience du bien suprême de la communion.
Toutes les observances de la vie monastique, silence, solitude, humilité, travail manuel, prière liturgique, sont destinées à créer et à renforcer l’union au Christ et l’union aux frères dans la charité. Les deux vont ensemble, parce que le moine est un chercheur de Dieu et que cette recherche passe par la médiation de ses frères. Nous désirons nous attacher à Jésus, et cela se vit très concrètement : c’est notre frère, c’est notre sœur, qui pour nous a le visage de Jésus.
Le don total de chacun dans la recherche de Dieu se réalise concrètement dans sa relation mutuelle avec ses frères, avec ses sœurs. Et, réciproquement, notre communion avec nos frères fortifie la capacité de chacun de se donner totalement à Dieu.
Et c’est ainsi que les relations que saint Benoît veut établir entre ses disciples tendent à constituer peu à peu, dans les monastères et dans l’Eglise, comme une sorte de réalisation de la prière de Jésus :
« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé.
Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé …
Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux ».
Que saint Benoît nous aide à vivre une grande fidélité dans notre attachement à Jésus et une communion profonde avec nos frères et sœurs. Habitare fratres in unum. Amen.
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