top of page

Vendredi 15 Août 2025 Solennité de l’Assomption Homélie sur Luc 1 , 39 - 56 le Magnificat


Nous fêtons aujourd'hui l’Assomption de la Vierge Marie, c’est-à-dire son entrée au Ciel au terme de sa vie terrestre. Par un privilège lié à son Immaculée Conception et à sa maternité divine (cf. Préface de la messe du 15 août), Marie a été emportée et élevée, corps et âme, jusque dans l’éternité de l’amour de Dieu, sans que son corps ait connu ici-bas la corruption.

Par son Assomption, Marie ne meurt pas à la vie, mais elle passe directement de la vie terrestre à la vie de l’éternité, dans la plénitude de la gloire et du bonheur de Dieu.


Le peuple chrétien a toujours montré une grande vénération envers la Vierge ; et cette vénération, Marie elle-même l’annonçait déjà dans l’Evangile d’aujourd’hui, dans le Magnificat qui est sa merveilleuse prière d’action de grâce : « désormais tous les âges me diront bienheureuse ».

Lorsqu’on contemple la Vierge Marie, on peut poser sur elle deux types de regards différents. On peut regarder et admirer les privilèges dont Dieu l’a comblée, et qui la placent tellement haut au-dessus de nous ; ou bien on peut regarder et admirer ce qui nous la montre très humaine et très proche de nous, même si elle reste tellement plus belle que nous.


La fête de l’Assomption nous porterait peut-être à nous tourner vers les privilèges de Marie. Mais l’Evangile de cette fête, qui est l’Evangile de la Visitation, peut aussi nous faire méditer sur deux traits qui nous la montrent proche de nous : sa foi et son humilité.

Sa foi, c’est Elisabeth qui la proclame : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ».

Son humilité, on la trouve dans ses propres paroles : « Il s’est penché sur son humble servante ».



« Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». C’est la première des Béatitudes du Nouveau Testament. Et pour quel motif Marie est-elle proclamée heureuse ? Est-ce parce qu’elle porte en elle le Fils de Dieu ? Eh bien non, c’est d’abord en raison de sa foi. C’est la foi de Marie qui est à l’origine de tout, qui est au cœur de toute l’histoire de Marie. Marie est la croyante, la grande croyante.

Quand l’ange Gabriel vient trouver Marie le jour de l’Annonciation, Marie croit à ce que l’ange lui annonce de la part du Seigneur (cf. Luc 1, 26-38). Pour croire sans hésiter à un message aussi inconcevable, qu’elle allait devenir la mère du Fils de Dieu, pour accepter aussi simplement une révélation aussi extraordinaire, il fallait que sa foi soit elle aussi extraordinaire.

Et pourtant, cette foi de Marie, elle avait encore besoin de grandir et de s’approfondir, et Dieu lui préparait les conditions pour la faire grandir.

Après l’Annonciation, il a encore fallu à Marie une foi sans faille pour accueillir la naissance dans une étable, la fuite en Egypte, la vie ordinaire à Nazareth … Lorsque l’enfant Jésus à l’âge de douze ans s’est trouvé perdu au Temple de Jérusalem, Marie n’a pas compris tout de suite (cf. Luc 2, 48-50) : c’était une étape dans le cheminement de foi qui lui restait encore à accomplir. Pendant la vie publique de Jésus, elle n’a peut-être pas tout compris non plus (cf. Jean 3, 21), mais elle l’accueillait dans la foi.

L’épreuve suprême de la foi, pour Marie, cela a été de se trouver au pied de la Croix. Marie a pu se demander : « Qu’est-ce qui nous arrive ? Le Messie promis, que j’ai mis au monde, le voilà qui meurt comme un malfaiteur, de façon horrible, comme si toute sa mission était un échec complet ! »

L’Evangile d'aujourd’hui nous suggère déjà comment la foi de Marie surmontera ce drame de la Passion. Par les paroles du Magnificat, Marie annonce que la violence des puissants, l’orgueil des riches, l’arrogance des orgueilleux se font sentir dans l’histoire des hommes, c’est vrai, mais que, malgré tout cela, Dieu n’abandonne pas ses enfants, qu’il les secourt et les fait triompher, car

« il disperse les superbes, il renverse les puissants de leurs trône, il élève les humbles.

Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.

Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,

de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais ».

C’est cela la foi de Marie ! Le chemin de la foi, pour Marie, cela n’a pas été une route paisible, mais au contraire un chemin jalonné d'épreuves destinées à faire grandir sa foi.



« Il s’est penché sur son humble servante », dit Marie dans le Magnificat. Dans sa bouche, il ne s’agit pas d’une formule de fausse humilité, non, pas du tout. Elle considère d’abord sa situation humaine, sociologique : Marie fait partie du peuple des humbles, des petites gens. C’est sa condition sociale.

On n’y pense pas spontanément, parce que nous représentons le plus souvent Marie avec une belle robe, une belle ceinture, un beau voile, et même parfois une couronne, occupée à prier, à lire ou à ne rien faire … C’est très bien, mais il ne faut pas oublier l’humilité réelle de la condition concrète d’une jeune fille de Nazareth : aussi bien la pauvreté de ses vêtements, de son habitation, de son mode de vie, que les difficultés que Marie rencontrait, comme toutes les filles et les femmes de son époque, les travaux domestiques les plus prosaïques, la cuisine, la vaisselle, le ménage, et aussi les corvées de bois et d’eau quotidiennes, les économies qu’il faut faire sans cesse, et tout le reste.

Oui, Marie est humble, et ce n’est pas d'abord chez elle une disposition d’esprit, mais une réalité économique. Cela souligne la bonté de Dieu à son égard, et ses préférences pour les petits, dont Marie, d’ailleurs, s’émerveille : « Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ».


Mais cette humilité d’ordre économique, si j’ose dire, se double d’une grande humilité de cœur, et c’est cette humilité de cœur qui est la plus belle.

Marie a été extraordinairement privilégiée par l’amour de Dieu, qui lui a confié une mission unique : mettre au monde le Fils de Dieu. Et pourtant elle n’en tire aucune gloire ; bien au contraire, elle s’efface totalement, elle s’efface devant l’action de Dieu, elle s’efface devant Jésus.

Lorsque Marie et Joseph retrouvent Jésus au Temple de Jérusalem, Jésus, âgé de douze ans, leur répond assez rudement : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être » (Luc 2, 49) … et Marie s’efface.

Plusieurs femmes suivent Jésus pendant sa vie publique, mais on ne mentionne pas Marie parmi elles. Il faut attendre le Calvaire pour qu’on signale sa présence au pied de la Croix. Quel effacement ! C’est pourtant là, au pied de la Croix, que Jésus laisse entrevoir, très discrètement, quelle place tient Marie dans le plan de Dieu : « Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : ‘Femme, voici ton fils’. Puis il dit au disciple : ‘Voici ta mère’. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui » (Jean 19, 26-27). Par ces quelques mots, Jésus donne Marie pour mère à tous les hommes.

Ensuite, les Écritures ne mentionneront plus qu’une seule fois Marie, au début des Actes des Apôtres (Actes 1, 14) : elle se trouve en compagnie des onze Apôtres, qui rentrent du Mont des Oliviers où Jésus vient de les quitter au matin de l’Ascension. Et après, Marie s’efface à nouveau, le Nouveau Testament reste muet sur elle.



Par sa foi, Marie nous indique notre chemin à nous. Le chemin de la foi consiste à triompher du doute en faisant totalement confiance à Dieu, en faisant totalement confiance à la Parole de Dieu. Marie nous invite à transfigurer ainsi chaque épreuve de notre vie, même la souffrance de nos péchés, pour grandir dans la foi, dans la pureté et dans l’amour.

Par son humilité, Marie nous montre que c’est grâce à des personnes humbles que Dieu peut accomplir des grandes choses dans le monde. Dieu a besoin de notre humilité, parce que l’humilité est comme un vide qui fait de la place à Dieu et lui permet d’agir.

Par sa foi et son humilité, Marie nous précède et nous montre le chemin dans le pèlerinage de la vie ; et son Assomption préfigure notre propre résurrection et nous encourage en chemin.


C’est pour cela que la solennité de l’Assomption est une fête de joie, de joyeuse espérance. On célèbre non seulement le fait prodigieux de l’Assomption au ciel de la mère de Jésus, corps et âme, mais on affirme que pour nous aussi la vie ne se termine pas dans le néant mais dans le cœur de Dieu, on affirme que pour nous aussi la mort n’a pas le dernier mot mais n’est qu'un passage vers la vraie Vie, à la rencontre de l’amour de Dieu. Notre destin est d’être, comme Marie, transfigurés corps et âme par la gloire de Dieu.


Nous pouvons demander à Marie, que Jésus nous a donnée pour mère (cf. Jean 19, 26-27), de veiller sur nous, de nous garder et de nous soutenir durant notre pèlerinage terrestre. Nous pouvons demander à Marie de nous aider à être des saints, pour qu’un jour, avec son Fils, elle nous accueille au Paradis. Amen.

 
 
 

Posts récents

Voir tout
Samedi 16 août 2025. Saint Armel

La liturgie nous permet de faire mention aujourd’hui de saint Armel dont c’est aujourd’hui la fête, un saint qui est particulièrement...

 
 
 

Comments


bottom of page